Un millenaire de rêve

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vodka-kyo
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Un millenaire de rêve

Messagepar vodka-kyo » mar. août 18, 2009 3:18 pm

Re bonjour à tous, comme précédemment dit dans ma présentation.
Je cherche à me faire un petit livret avec les plus beaux textes de Lost Odyssey

J'ai donc réussi à recopier les suivants, que je transmets donc volontiers à votre site internet pour le compléter. ( Comme annoncé précédemment je suis ravis d'aider à compléter votre site) malgré un accueil somme toute spécial -_-

L’histoire du vieux Gréo
Le vieux Gréo était le meilleur cordonnier de son pays.

Ses chaussures étaient légères comme la plume et résistantes comme l’acier. Elles étaient aussi très chères, trois fois plus que les autres produits du marché. Ceux qui ne connaissaient pas sa réputation étaient si choqués en apprenant ses prix qu’ils s’exclamaient :

« Le vieil homme doit faire des chaussures pour son seul plaisir ! »

Bien sûr, ils avaient tort, il était rentré en apprentissage dès son plus jeune âge et dès qu’il parvenait à maîtriser la technique d’un artisan, il partait travailler chez un meilleur cordonnier encore. Très vite, il fit des chaussures pour les petits-enfants de ses anciens clients

Gréo était si doué qu’il pouvait satisfaire toutes les commandes de ses clients. Mais sa
Spécialité, et ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était confectionner des chaussures de voyage à grosses semelles. Tous ses clients s’accordaient à le dire :
« Une fois que vous avez voyagé dans les chaussures du vieux Gréo vous ne pouvez rien porter d’autre. »

D’autres disaient :
« Vous savez ce que ça fait de porter ses chaussures ? Vous ne ressentez plus la fatigue. Vous n’avez qu’une envie, c’est de marcher, encore et encore, le plus longtemps et le plus loin possible. Vous regrettez presque d’arriver. »

Mais il avait beau être artisan, le vieux Gréo parlait peu à ses clients et il pouvait même être odieux. Complimenté sur son travail, il ne décrochait pas un sourire. Il se contentait d’ajouter un morceau de cuir tanné sur sa chaussure en bois et se remettait à taper du maillet. Les seules fois où il esquissait un sourire, c’est quand un client entrait dans son atelier pour passer commande.

Ce n’était pas le fait qu’on lui passe commande qui le réjouissait, mais le fait qu’un client lui apporte une paire de chaussure qui avait fait son temps. Il regardait avec amour les semelles élimées et les empeignes fatiguées et se mettait à leur parler :

« Tu as bien voyagé à ce que je vois… »

Ses clients fidèles ne jetaient jamais eux-mêmes leurs vieilles chaussures, car ils savaient à quel point Gréo aimait cela. Ils ne se risquaient non plus jamais à les nettoyer avant de les lui apporter. Il les voulait sales, couvertes de taches et de boue, sentant la sueur, comme sur la route.

« Ce sont mes remplaçantes », disait-il, en leur choisissant une place d’honneur dans son atelier.
« Elles voyagent pour moi, vous savez. Elles ont bien travaillé. J’ai horreur de les jeter juste parce qu’elles sont trop usées. »

Le vieux Gréo avait beau être fier de son travail, il ne portait jamais ses propres créations. Il n’aurait pas pu les porter, même s’il avait voulu. Ses jambes étaient amputées sous les genoux. Une terrible maladie avait attaqué ses os quand il était très jeune et on avait dû lui couper les jambes pour le sauver. Le vieil homme avait passé toute sa vie dans un fauteuil roulant. Il n’avait jamais quitté son village natal. Voilà pourquoi il aimait à dire que ses chaussures voyageaient à sa place.

« Ça faisait bien longtemps que je ne t’avais pas vue ». Lance le vieux Gréo sans lever les yeux de son travail, tandis que Kaïm franchit le pas de la porte. Le vieil homme tourne le dos à la porte, mais il sait reconnaître le bruit de pas de ses clients fidèles quand ils entrent dans sa boutique.

« Tu as traversé le désert ? »

Le son produit par les chaussures lui apprend leur degré d’usure et où elles sont allées. Le vieux Gréo est un artisan de premier rang.

« C’était un voyage éprouvant », répond Kaïm avec un sourire amer en s’asseyant sur une chaise dans le coin de la boutique. Quand le vieux Gréo apporte la touche finale à une paire de chaussure, presque rien ne peut le distraire, ses clients réguliers le savent.

« Mes chaussures t’ont bien aidé cette fois ? »

« Elles ont été fantastiques ! Je n’y serais pas arrivé avec une autre paire. »

« C’est bien. »

Comme d’habitude, la voix du vieil homme ne laisse transparaître aucune satisfaction. Gréo est encore plus brusque quand il travaille. Si Kaïm veut voir le sourire du vieillard, il va devoir attendre de lui tendre ses vieilles chaussures lors d’une pause.

« Tu en veux de nouvelles ? »

« Oui. »

« Où vas-tu cette fois-ci ? »

« Au nord je pense. »

« Mer ? Montagne ? »

« Je vais sûrement marcher le long du rivage. »

« Pour te battre ? »

« Probablement. »

Le vieux Gréo acquiesce d’un signe de tête. Puis il se tait. Le seul son dans l’atelier provient de son maillet en bois.

Comme au bon vieux temps. Kaïm est ému par ce son.

Il a commandé un nombre incalculable de paires de chaussures ici. Même avant que le vieil homme ne reprenne la boutique. Kaïm est l’un des plus vieux clients de Gréo. En d’autres termes, c’est l’un des rares à avoir survécu à plusieurs voyages.

Tout en balançant son maillet, le vieil homme raconte par de courtes phrases la mort de certains de ses plus vieux clients. L’un d’entre eux est tombé malade et il est mort sur la route. Un autre est mort dans un accident. Un autre encore est mort dans une bataille…

« C’est dur quand seules les chaussures reviennent. »

Kaïm acquiesce silencieusement.

« Un jeune client est mort il y a quelques semaines. C’était la première paire de chaussures que j’avais faite pour lui. Les semelles étaient à peine usées. »

« Parle moi de lui. »

« C’est l’histoire classique : il a quitté son village natal pour vivre des aventures palpitantes, Ses parents ont essayé de l’en empêcher mais il est parti quand même. »

« Ça m’étonne qu’il ait pu s’offrir une paire de chaussures chez toi. »

« Ses parents les lui on offertes. Triste, n’est-ce pas ? Ils lui ont donné tout leur amour et leur affection, et à peine sorti de l’enfance, il a quitté la maison. Ils ont fini par abandonner et le laisser partir. Ils ont pensé qu’ils devaient au moins lui acheter une de mes paires de chaussures, comme cadeau d’adieu. Son corps a été rapatrié moins d’un mois plus tard. De nos jour, les parents gâtent trop leurs enfants, c’est stupide », dit Gréo, crachant les mots.

Kaïm sait que la pensée du vieux Gréo va plus loin. Gréo est le genre d’artisan qui se précipiterait pour confectionner une paire de chaussures pour l’enterrement d’un pauvre garçon qui a rendu l’âme alors que son rêve commençait à peine. Il les mettrait aux pieds du défunt en espérant qu’elles l’aident à accomplir son ultime voyage.

Gréo se tait à nouveau et brandit son maillet. Kaïm remarque à quel point le vieil homme est courbé et desséché. Il le connaît depuis très, très longtemps. Sa vie va bientôt s’achever, se dit Kaïm avec un pincement de cœur. Le vieux Gréo interrompt enfin son œuvre et se retourne pour faire face à son client.

« C’est bon de te revoir, Kaïm. »

Son visage est couvert de rides. Encore une fois, Kaïm réalise à quel point kes années pèsent sur lui.

« Où as-tu dit que tu étais allé déjà ? »

« Dans le désert ? »

« Oui, tu as déjà dû me le dire. »

Kaïm secoue la tête. Le Vieillard semble perdre sa concentration quand il cesse de travailler et sa mémoire le trahit parfois. Lentement mais sûrement, le vieux Gréo passe de plus en plus de temps à dériver entre rêve et réalité. Les gens vieillissent et meurent. Cette vérité inébranlable frappe Kaïm avec plus de force à a chaque fois qu’il achève un voyage.

« Tu as survécu à celui-là à ce que je vois. »

Kaïm le regarde avec un sourire forcé.

« Tu as oublié ? Je ne peux pas mourir. »

« Oh, je suppose que je le savais… »

« Et je ne vieillis jamais. Je n’ai pas changé depuis la première fois que tu m’as vu, n’est-ce pas ? »

« Le vieil homme semble étourdi un moment ; Oh, je suppose que je le savais aussi… », déclare-t-il en hochant de la tête d’un air incertain.

« Mais oui, tu n’était alors qu’un enfant, Tu avais eu cette maladie, tu avais perdu tes deux jambes et tu n’arrêtais pas de pleurer. »

« C’est vrai…je m’en souviens… »

« Tu m’appelais « grand frère Kaïm »
Et tu jouais sans cesse avec mes vieilles chaussures. Ça te reviens ? »

« Oui, bien sûr… »

Gréo parle maintenant avec certitude. Peut-être que le brouillard s’est dissipé dans son esprit, ou peut-être que ces souvenirs sont plus clairs car ils remontent à très longtemps.

« Les semelles étaient élimées, il y avait des trous ici, et ici, et elles sentaient la boue et la sueur. Pour d’autres personnes, elles n’auraient été qu’une vieille paire de chaussures bonne pour la poubelle, mais pour moi, c’était un trésor. Je me rappelle avoir caressé la poussière qui les recouvrait en me demandant où elles avaient bien pu aller. Je les adorais ! Je les aimais tellement ! »

C’était grâce aux chaussures de Kaïm que le vieux Gréo était devenue cordonnier.

« Tout ça, c’est grâce à toi, Kaïm. Si je ne t’avais pas rencontré, j’aurais passé ma vie à maudire mon destin. Au lieu de ça, j’ai été heureux. Et je le suis encore. Même si je ne peux pas quitter cet atelier, mes filles voyagent pour moi. J’ai eu une belle vie »

Il fait une pause, « Oh, mais écoute-moi, je m’emporte, je m’emporte ! », dit Gréo avec un sourire gêné. Il tend une main épaisse à Kaïm.

« Bien, à présent, donne-moi mes filles », dit-il, et Kaïm lui tend la paire de chaussures usées qu’il a apportée.

Le vieil homme les caresse gentiment et déclare en soupirant :
« Vous avez vu plus d’une bataille. »

« J’ai aussi été mercenaire pendant un temps. »

« Je sais », répond Gréo, « Je sens l’odeur du sang. Toutes les chaussures qui voyagent avec toi sont comme ça. »

« Tu es fâché ? »

« Pas du tout. Au contraire, je suis content que tu sois revenu de ton dernier voyage vivant. »

« Je repartirai dès que tu auras fini ma nouvelle paire. »

« Encore un de ces voyages ? Encore la guerre ? »

« Oui… »

« Et une fois ce voyage terminé, tu en commenceras un autre ? »

« Probablement… »

« Combien de temps tu vas tenir ? »

Kaïm décroche un sourire amer. Éternellement. Ce n’est pas le genre de mot qu’on emploie à la légère devant quelqu’un qui a vécu si peu mais si pleinement.

« Oh, peu importe », Déclare le vieil homme, tournant à nouveau le dos à Kaïm pour ce remettre à l’ouvrage.

« Attends trois jours. Tu pourras repartir le matin du quatrième jour. »

« C’est parfait. »

« Et après, quand te reverrai-je ? »

« Dans deux ans, peut-être trois ! Ou peut-être plus… »

« Vraiment ? Alors c’est peut-être bien la dernière paire de chaussures que je fais pour toi. »

C’est aussi ce que croit Kaïm. Le vieillard ne vivra sûrement pas trois années de plus. Kaïm espère sincèrement le contraire, mais l’espoir seul ne fait rien. Seuls les immortels savent que c’est pour cela qu’une vie humaine est su précieuse.

« Sis-moi, Kaïm… »

« Oui ? »

« Ça te dérange si je fais une deuxième paire de chaussures sur le modèle de tes nouvelles et dans le même morceau de cuir ? »
Il explique qu’il les fera placer dans son cercueil, pour l’ultime voyage de sa vie.

« Ça me ferait très plaisir », déclare Kaïm. Pour toute réponse, le vieil homme brandit son maillet. Le son est beaucoup plus triste que d’habitude.

« Mais j’y pense, Kaïm, reviens dans ce village, même après ma mort, et dépose tes vieilles chaussures en offrande sur la tombe. »

« Je le ferai. »

« J’aimerais pouvoir dire que j’irai au paradis avant toi et que je t’y attendrai, mais dans ton cas, ça ne marche pas… »

« Non, malheureusement. »

« Comment est-ce un voyage sans fin ? Agréable ? Désagréable ? »

« Sûrement désagréable », répond Kaïm, mais sa voix est recouverte par le bruit du mailler de Gréo et elle fini par se perdre.

Le vieux Gréo atteignit la fin de son voyage peu après la visite de Kaïm. Puisqu’il n’avait pas de famille, sa tombe, située dans un cimetière aux abords de la ville, n’était visitée que par « ses filles »,. Comme il l’avait demandé, ses plus fidèles clients venaient y déposer leurs vieilles chaussures. Celles de Kaïm en faisaient partie.

Gréo avait lui-même choisit les mots qui ornaient sa tombe. Voici comment il expliqua son choix à Kaïm :

« J’ai dit ces mots à chaque nouvelle paire de chaussures avant de la tendre au client ; Et je les ai dits aux clients aussi. Mais je n’ai jamais eu l’occasion de mes les entendre dire. Voilà pourquoi je les veux sur ma tombe, Je veux qu’on me voie partir au paradis avec ces mots. »

Plusieurs décennies se sont écoulées. Tout comme le vieux Gréo, ses vieux clients ont quitté ce monde depuis longtemps. Kaïm est le seul à encore se rendre sur la tombe du vieillard. Il ne porte plus de chaussures confectionnées par Gréo. Les paires de chaussures ne durent pas éternellement, tout comme la vie des hommes.

Mais Kaïm se rend toujours dans cette ville avant d’entamer un nouveau périple pour s’agenouiller devant la tombe du vieil homme. La pierre tombale est couverte de mousse mais étrangement, les mots qui y sont gravés sont encore clairement visibles.

- Que ton voyage soit agréable !

Ce sont les mots que le vieil homme a toujours prononcés. Ils pouvaient brusques venant de lui, ils étaient toujours chargés d’émotion.
Le pain de mamie Coto
Rien ne pourra empêcher le village de devenir un champ de bataille. Les troupes ennemies ont traversé le col, au nord, et ont installé leur camp dans les environs. Les troupes nationales sont là aussi, envoyant des unités une à une dans le village pour contenir les attaques ennemies. L’endroit est une véritable poudrière.

Entouré de montagnes où de grands axes s’entrecroisent. Le village est un point stratégique pour le transport. Il ne faut en aucun cas qu’il tombe entre les mains ennemies. S’il venait à le capturer, l’adversaire aurait de grandes chances de gagner la guerre. De longues années de combats reposent désormais sur cette bataille majeure. C’est une bataille inévitable. La logique est claire, simple, implacable. Et elle va faire de ce village paisible un champ de bataille d’un moment à l’autre.

L’armée a ordonné aux villageois d’évacuer les lieux. Les civils ne pourraient qu’entraver le bon déroulement des évènements.

« L’ennemi veut en finir avant que le temps ne se refroidisse. »

« Alors, qu’est-ce que ça veut dire ? Encore un mois ? Deux semaines ? »

« Vos affaires sont prêtes ? Pas la peine de se retrouver en plein milieu de la bataille et de se faire tuer. A quoi bon mourir pour rien ! »

« Laissez tomber le superflu. Chargez-vous le moins possible et partez le plus loin que vous pourrez. »

« Quand je pense à tous nos ancêtres qui ont protégé nos maison et nos terres, je n’arrive pas à me dire que tout cela va être détruit une fois le combat commencé… »

« On ne peut rien y faire. C’est la faute à pas de chance, c’est tout. »

« Il faut juste qu’on s’accroche jusqu’à la fin de la guerre et on reviendra quand on saura qui a gagné. »

« Pour l’instant, le plus important, c’est de partir d’ici. »

« C’est vrai, c’est tout ce qu’on peut faire. »

« On doit rester en vie. Mieux vaut tout perdre due mourir. »

« Pourquoi est-ce qu’il faut que ça nous arrive ? »

Les villageois partent par petits groupes, les premiers cherchant des abris temporaires. Le temps que la forêt ne se teinte légèrement rouge, le village est quasiment désert. Les seuls habitants sont désormais les personnes âgées, qui vivent seuls et qui n’ont nulle part où aller. L’armée a construit un camp de réfugiés rudimentaire pour les personnes capables de traverser plusieurs montagnes pour l’atteindre. Les pauvres personnes âgées chancellent déjà sous le poids des vêtements qu’elles portent sur le dos…

La seule personne restant dans le village est mamie Coto.

Alors mercenaire, Kaïm rencontra la vieille Coto peu après avoir rejoint l’unité protégeant le village. Ce jour-là, il faisait son tour de garde quant il aperçut une vieille femme travaillant dans les champs. C’était mamie Coto.

Un soldat qu l’accompagnait lui cria : « Hé, vieille femme, ça suffit ! »

Un autre hurla : « Vous feriez mieux de partir d’ici maintenant si vous voulez rester en vie. La bataille va commencer dans deux ou trois jours. Combien de fois faudra-t-il qu’on vous dise de rejoindre le camp de réfugiés ? »

La vieille Coto resta courbée, à travailler la terre. Manifestement, elle ne récoltait rien. Si la scène s’était passée à l’époque où les cultures arrivent à maturité, ça aurai eu du sens qu’elle se dépêche de tout récolter. En fait, elle se contentait de retourner la terre, comme si elle avait oublié qu’une bataille était sur le point d’éclater.

« Est-ce que la vieille est sourde ? Ou juste sénile ? »

D’un air dégoûté, le capitaine appela Kaïm : « Hé, le nouveau ! Occupe-toi d’elle ! Emmène-la au camp de réfugiés. Traîne la par les pieds s’il le faut ! On ne peut pas se permettre de l’avoir dans les pattes. Elle va nous gêner plus qu’autre chose quand la bataille aura commencé. »

Le capitaine avait un ton arrogant. Plus un officier est peureux, plus il devient fier et dominateur, et moins il arrive à cacher sa nervosité à l’approche d’une bataille. Sans rien dire Kaïm se dirigea à grands pas vers la vieille femme dans le champ.

« On avance ! », lui lança le capitaine, mais il ne se retourna pas. Quelques jours suffiraient pour décider de l’issue de la bataille pour le village, ce qui illustre bien à quel point elle s’annonçait violente. Travailler dans les champs était désormais utile. Même le lopin de terre le plus soigné serait piétiné par les bottes des soldats. La récolte de l’année suivante n’était plus à l’ordre du jour. Et personne ne savait combien d’années seraient nécessaires pour que le village retrouve sa tranquillité.

Quand Kaïm s’approcha d’elle dans le champ, la vieille femme continua de travailler et dit :
« N’essayer pas de m’arrêter ! »

De près, elle paraissait bien plus forte que de loin. Il s’agissait certainement d’une de ces vieilles personnes têtues et grincheuses que les villageois n’osaient pas approcher en temps de paix.

« Vous n’allez pas partir ? », demanda Kaïm.

« Pour aller Où ? », lui cracha-t-elle.

« Ils ont construit un camp où vous pouvez vous rendre… »

La vieille Coto grommela et dit à Kaïm :
« Vous êtes nouveau. Je ne vous ai jamais vu. »
« Oui… »

« Alors vous ne savez même pas à quoi ressemble le camp. Vous, les soldats, vous n’avez à vous inquiéter de rien. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

La vieille Coto ne dit rien mais montra la montagne escarpée, dressée comme un décor sur la façade ouest du village. Kaïm demanda : « C’est là-bas qu’est le camp ? »

« Bien sûr que non, il faut traverser cette montagne et encore une autre pour y arriver. Personne de mon âge ne peut marcher aussi loin. Pourquoi construire un camp dans un endroit pareil ? A leur avis, combien de personnes âgées y arriveront ? Ils pourraient aussi bien nous abandonner à notre triste sort comme au bon vieux temps. »

Kaïm ne sut quoi répondre. Continuant à creuser, la vieille femme grogna : « C’est toujours pareil avec le gouvernement »

Elle était de toute évidence en colère mais sûrement aussi très triste.

« Vous faites votre tour de garde, hein ? Alors je ne vais pas vous retenir plus longtemps… »

« Non, vous voyez… »

« Vous ne m’obligerez pas à aller dans ce maudit camp de réfugiés. Pas la peine d’insister. Je ne vais nulle part. C’est le village où je suis née et j’ai passé toute ma vie ici. »

« Je comprends ce que vous ressentez, mais cet endroit va bientôt devenir un véritable champ de bataille. »

« Je sais. »

« Alors… »

« Alors quoi ? »

Encore une fois, Kaïm resta bouche bée. En la voyant ainsi, elle sourit et dit :
« Vous êtes un jeune homme bon. C’est plutôt rare pour un soldat. »

Pour la première fois son visage s’adoucit. Quand elle n’était pas irritée, son sourire devenait adorable.

« Quand cette endroit sera devenu un champ de bataille, des gens vont mourir. Beaucoup de gens. J’en suis consciente, ne vous en faite pas. Mais j’ai du travail, mon garçon. Me demander de tout arrêter et fuir revient à me demander de mourir. Puisque de toute façon je vais mourir dans peu de temps, j’aimerais que vous me laissiez faire ce que je veux. Ça ne devrait vous posez aucun problème. »

Kaïm resta silencieux. Non pas parce qu’encore une fois, il ne savait pas quoi répondre, mais parce qu’il pensait qu’elle avait raison. « Puisque de toute façon je vais mourir », avait-elle dit. Conscient que c’est mots ne pourraient jamais sortir de sa bouche. Kaïm n’avait d’autre solution que de respecter son choix en silence.

« Très bien, maintenant, filez, mon garçon, j’ai du travail. »

« Qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? »

« Voyez par vous-même ! »

« Désolé, je n’y connais pas grand-chose. »

« Comme tous les autres soldats », dit la vieille Coto en souriant.

« Les gens comme vous ne pensent qu’à tuer des ennemis. Vous ne connaissez rien sur la culture. » Une fois encore, une pointe de tristesse transparut chez elle. Elle appréciait assez Kaïm pour lui faire la faveur de donner une explication.

« Je sème des graines », dit-elle.
Les graines de blé se sèment à l’automne, germent au cours de l’hiver, explosent au printemps et dorent les champs en été.

« Je fais toujours mes semis quand les cimes au nord deviennent blanches. Tous les ans, et cette année ne fera pas exception à la règle. »

Les graines germeraient-elles dans les champs piétinés ? Kaïm en doutait. Cependant mamie Coto ne montra pas le moindre signe d’inquiétude ou de résignation en dispersant les graines sur le sol fraîchement retourné. Ses mains reproduisaient les gestes ancestraux avec aisance et naturel, comme pour donner l’impression à Kaïm que ce qu’elle faisait cette année n’était ni plus nui moins que ce qu’elle avait fait tout au long de sa vie. De ce fait, les mots sortirent de la bouche de Kaïm avec une telle douceur qu’il en fut lui-mêm étonné.

« Et si les graines ne poussent pas ? »

« Alors je recommencerai l’année suivante. Et si l’année suivante est mauvaise, je le referai l’année d’après. Il faut semer des graines. C’est comme ça que h’ai vécu toute ma vie. Si on ne sème rien, rien ne pousse. Vous voyer ce que je veux dire ? »

« Je crois… »

« Qu’il y ai un combat ou non, peu importe. Je vais juste faire ce que j’ai à faire. C’est tout. »

Elle parlait avec certitude, son visage ridé s’adoucissant avec un sourire lorsqu’elle ajouta :
« On ne peut pas apprécier un repas si on sait que les choses n’ont pas été faites comme il se doit. »

« Vous êtes en train de dire que c’est ce qui donne un sens à votre vie ? »
C’était la question à laquelle Kaïm avait longtemps cherché une réponse. Pour quelle raison était-il dans ce monde ? Qu’était-il censé accomplir ici ? Il n’avait cessé de vagabonder dans cette vie sans fin sans connaître les réponses à ces questions, justement parce qu’il ne connaissait pas les réponses.
« Je ne me pose pas de telles questions », dit timidement mamie Coto.

« Je me contente de moudre le blé que j’ai récolté et de faire du pain à l’automne. Ce pain est très spécial. Rien n’est aussi bon que le premier pain pétri avec le blé cultivé dans l’année. C’est ce qu mon petit-fils attend impatiemment chaque année. Je ne vais me mettre à prendre une année sabbatique, n’est-ce pas ? »

« Je vois ce que vous voulez dire. »

« Non, vous ne voyez pas », déclara-t-elle. « Vous n’êtes qu’un soldat. »

A nouveau, son visage s’était endurci. Elle ne sourit plus de la journée.


Quand Kaïm retourna aux baraquements, un soldat en poste au village depuis plus de six mois lui dit : « Cette vieille peau ne peut pas nous supporter. »

« Parce qu’on a détruit le village ? »

« En partie, je suppose, mais pour elle, ça doit être plus profond que ça. »

Mamie Coto avait perdu toute sa famille à la guerre. Son mari était mort au combat quarante ans plus tôt, puis ce fut au tour de son fils et de sa femme qui périrent dans la guerre qui s’était déroulée vingt ans auparavant. Et aujourd’hui, son unique petit-fils devait combattre dans cette guerre.

« Il est dabs quelle unité ? », demanda Kaïm au soldat.

L’homme haussa les épaules et nomma une unité qui avait été envoyée dans une zone où les combats étaient des plus violents.

« Tu parles d’une veine ! Les affrontements sont tellement rude qu’à sa place, je préférerais me faire exécuter pour désertion. Il a peut-être une chance sur deux de revenir vivant. Non, plutôt une sur trois. »

Si son petit-fils venait à mourir, mamie Coto serait toute seule dans ce monde. Elle n’aurait plus personne à qui donner son pain.

« Ça doit être dur de se retrouver seul à cet âge », dit le soldat.

« Quand je voie mamie Coto, je ne peux m’empêcher de penser à ma mère. Il est hors de question que je me fasse tuer. Ça la ferait pleurer pour l’éternité. Pareil pour toi, hein Kaïm ? »

Kaïm ne répondit rien. Il n’avait pas le droit de se mettre dans la même catégorie que ce soldat. La batille commença trois jours plus tard. L’offensive ennemie était encore plus violente que prévu. Les forces de défense n’avaient d’autre choix que de mettre tout ce qu’elles avaient dans la bataille. Kaïm s’échappa du front et se rendit vers la maison de mamie Coto. Il la trouva prête à partir pour le champ, comme d’habitude. Elle ne montra aucun signe de peur concernant la bataille. Les gens qui connaissent exactement leur objectif et qui refusent obstinément d’être dérangés dans leur tâche, peuvent être plus fort que tout.

A cet instant, Kaïm comprit qu’un mortel pouvait être bien plus fort qu’un être destiné à vivre éternellement. Parce qu’il en avait si profondément conscience, il resta devant elle, en travers de son chemin. Il prit la vieille femme frêle dans ses bras et la ramena à bras-le-corps dans la maison.

« Qu’est-ce que vous faites ? Laissez-moi ! Je ne vais pas suivre les ordres d’un soldat ! J’ai du travail ! »

« Oui, je sais », répondit Kaïm.

« Alors, reposez-moi sur le sol ! »

« Je ne veux pas vous laisser mourir. »

La tenant contre sa poitrine, il la regarda dans les yeux et la supplia :
« Je veux que vous fassiez du pain l’automne prochain à partir d’une nouvelle récolte. »

Elle arrêta de remuer les bras et les jambes dans une tentative de se libérer de son étreinte. Elle le fixa elle aussi quand il dit :
« Tant que vous aurez quelqu’un à nourrir avec votre pain frais, je veux que vous continuiez à préparer du pain année après année. »

La vieille Coto poussa un gros soupir et bredouilla en souriant :
« Je savais que vous étiez un soldat étrange. »

La bataille fit rage pendant plusieurs jours. Le capitaine arrogant et peureux mourut au combat. Le soldat qui avait raconté l’histoire de mamie Coto à Kaïm mourut également. Les pertes furent incalculables chez les troupes de défense, de même que chez l’ennemi. Le village fut dévoré par les flammes de la guerre, et le champ de ma vieille Coto fut ravagé par le piétinement des soldats. Le camp de Kaïm réussit a retenir l’ennemi, et le fit battre en retraite vers le nord. La bataille terminée, il ne resta plus que le village désert et dévasté.

La guerre prit fin tandis que le printemps faisait place à l’été. Au prix de nombreuses pertes. L’armée avait repoussé l’invasion ennemie. Le village commença à ce remettre peu à peu. Comme mamie Coto l’avait prévue, aucune des personnes âgées qui avaient traversé les montagnes pour le camp de réfugiés ne revint en vie.

A l’automne, Kaïm revient au village. Ça lui fait chaud au cœur d’apercevoir la vieille Coto semer le blé dans le champ. Ainsi…elle recommence cette année. Et l’année prochaine, et encore l’année d’après, aussi longtemps qu’elle sera vivante. Elle remarque Kaïm et se dirige vers lui avec un sourire accueillant. Une année a passé. Elle semble avoir rapetissé.

« Ça faisait longtemps », dit-elle. « Alors, ils ne vous ont pas tué ! »

« Et je suis heureux de voir que vous aller bien, vous aussi. »

« On m’a dit que vous étiez resté près de ma maison pendant la bataille, et que vous avez combattu les troupes ennemies pour qu’elles ne s’en approchent pas ! »

Kaïm lui sourit timidement. « Et votre blé ? », demande-t-il.

« Tout a été détruit, bien sûr. La pire récolte que j’ai jamais eue, quelques maigres tiges, A peine assez pour un pain. »

Elle lui dit tout cela avec une aisance déconcertante. Puis, ses yeux s’arrêtent sur lui et elle demande : « Vous en voulez ? »

« Quoi… ? »

« Du pain, pardi ! J’en prépare un tout de suite si vous m’aidez à le manger. »

« Oui, bien sûr, mais… »

Mamie Coto comprit l’hésitation e Kaïm et lui dit en souriant calmement :

« Eh oui, mon petit-fils est mort. Je l’ai appris à la fin de l’été. Je l’attendais avec espoir…pensant lui préparer un pain dès son retour. »

En voyant Kaïm baisser la tête en silence, elle adopte un ton d’entrain, comme si elle devait le consoler :

« Allez, ce n’est rien, vous mangerez sa part. Il sera sûrement plus dur que d’habitude à cause de la récolte de cette année, mais je suis sûre que mon petit-fils serait heureux de savoir que je nourris l’homme qui m’a sauvé la vie. »

Ainsi, cette vieille femme a perdu toute sa famille à la guerre. En un mot, il ne reste personne pour profiter de son pain. Cependant, elle demande avec empressement à Kaïm : « Attendez juste une minute, que je finisse ça ». Elle est en train de semer les graines pour la récolte suivante. Elle fait ça parce que c’est ce qu’elle a toujours fait, parce que c’est ce qu’elle est censée faire. Kaïm se retient de lui proposer son aide et reste immobile, à regarder la vieille Coto toute courbée. A la lumière du soleil crépusculaire de l’automne, elle est tristement petite et tristement belle.

Kaïm mange le pain fraîchement préparé. La vieille Coto avait raison : Préparé avec du blé dont on ne s’est pas occupé correctement, le pain est dur, sec et fade. Pourtant, de tous les pains qu’il a mangés et qu’il mangera dans son infinie longue vie, c’est de loin le meilleur.
Ne m'oublie pas maintenant, entendu ?
« Cher frère ! »

Le cri vient de derrière alors qu’il se faufile dans la foule. Au début, Kaïm n’est pas conscient que la personne s’adresse à lui et il continue de marcher à la recherche d’un logement pour la nuit. Mais le cri se réitère tout près de lui : « Cher frère ! Grand frère ! » C’est curieux. La dernière fois qu’il est venu dans cette ville, c’était il y a quatre-vingts ans. Personne ici ne peu le connaître.

« Attends, grand frère ! Ne t’en va pas ! »

Au départ étonné, il devient intrigué, car la voix qui l’appelle « grand frère » appartient à une vieille femme. Sans baisser sa garde, il se retourne lentement. Comme il le pensait, il s’agit d’une femme âgée. Habillée comme une petite fille, la minuscule vieille femme regarde Kaïm droit dans les yeux avec un grand sourire.

« Je pense que vous vous méprenez », dit-il en montrant sa gêne.

« Non, pas du tout », répond-elle en secouant la tête et en souriant. « Vous êtes grand frère Kaïm ! »

« Quoi…? »

« Qu’est-ce qui se passe, Kaïm, tu m’as oubliée ? »

« Heu…non…je veux dire… »

Il n’arrive pas à se souvenir d’elle. Même s’il y était parvenu, il sait qu’il ne connaît personne dans cette ville. Il se demande si ça pourrait être une personne qu’il aurait rencontrée sur la route autrefois ? Il est pourtant certain de ne pas la reconnaître et le plus étrange reste la raison pour laquelle cette femme qui pourrait être sa grand-mère l’appelle « grand frère » ?

« Ne fais pas semblant de ne pas me reconnaître, Kaïm ! C’est si méchant ! »

Elle lui cri si fort dessus que les gens dans la foule s’arrêtent pour les observer. Ce n’est pas seulement parce qu’elle crie, bien sûr. Les gens finissent toujours par crier pour ce faire entendre dans une rue bondée. Les cris seuls n’attireraient pas l’attention. La voix de la vieille femme n’est pas celle d’un adulte ordinaire. Elle ressemble plus à la voix innocente, sans retenue d’une petite fille qui met toute son âme dans ses paroles.

Les gens lancent un regard choqué vers la vieille femme avant de vite détourner les yeux. Leur désarroi est compréhensible. La vieille femme a les cheveux d’un blanc éclatant, attachés avec un ruban de couleur. Sa robe à fleurs et avec des manches à pois est identique à celle d’une petite fille. De nombreux passants la regardent avec un m mélange de sympathie et de pitié. Peu a peu, Kaïm commence à saisir la situation. Cette vieille femme a simplement vécu trop longtemps. C’est pourquoi le passé, emprisonné dans sa mémoire, est devenu plus réel pour elle que la réalité qu’elle a sous les yeux. Un passant entre deux âges tire le bras de Kaïm.

« Si j’était vous, je poursuivrais simplement mon chemin. Ne vous approchez pas d’elle. Elle ne vous apportera que des problèmes. »

« C’est vrai », dit la femme à ses côtés en hochant la tête. « Vous ne vivez pas ici, du coup, vous ne savez pas que cette vieille femme est sénile. Vous n’avez qu’à l’ignorer. Elle oubliera tout dans cinq minutes. »*

Ils ont peut-être raison, mais le fait est que cette vieille femme connaît le nom de Kaïm. Dans la case de son esprit correspondant à l’enfance, elle considère Kaïm comme son « grand frère »

Il tente de sonder sa mémoire lointaine. Il n’a séjourné que quelques jours ici et c’était il y a très longtemps. Il n’a rencontré que très peu de gens et aucun ne peut être encore vivant. Quand Kaïm se poste devant la vieille femme, le couple de fouineurs est indigné.
« Voilà ce qu’on obtient quand on essaie d’aider quelqu’un ! », grommelle le mari. Sa femme ajoute : « Laisse-les se débrouiller tout seuls et partons. » Et c’est exactement ce qu’ils font.

Haussant la voix qui devient alors stridente, la vieille femme les interpelle alors qu’ils rouspètent : « Ne m’oubliez pas maintenant, entendu ? »

A cet instant, la mémoire de Kaïm fait le lien. La vieille femme découvre avec joie dans son regard qu’il l’a enfin reconnue.

« Tu te souviens de moi maintenant ? », crie-t-elle, « Je suis Shushu. C’est moi…Shushu ! »

Il se souvient effectivement de cette fille qu’il avait rencontrée dans cette ville quatre-vingts ans plus tôt. A l’époque, elle avait entre cinq et six ans. C’était une enfant précoce. Loin d’être timide avec les étrangers, car son père était aubergiste.

Elle avait certainement entendu cette expression quelque part et du coup, à chaque fois qu’un invité partait après avoir séjourné à l’auberge, au lieu de dire simplement « au revoir » ou « merci », elle souriait et lançait un joyeux « Ne m’oubliez pas maintenant, entendu ? »

Seulement maintenant, quand il peut soudain voir la fillette qui se cache sous les rides, Kaïm doit détourner le regard.

«Qu’est-ce qu’il se passe, grand frère ? »

Il est incapable d’affronter directement le regard vide de Shushu. Quatre-vingts abs se sont écoulés ! Qu’est-ce qu’un homme qui ne vieillit pas peut avoir à raconter à une fillette issue d’un lointain passé et qui a trop vieilli ?

« Laissez-moi passer s’il vous plait, désolé, laissez-moi passer s’il vous plait. »

Se frayant un passage dans la foule, un jeune homme se précipite vers Shushu et Kaïm ; « Arrière-grand-mère ! Combien de fois dois-je te répéter de ne pas sortir sans m’avertir ? »

Après avoir réprimandé la vieille femme, il se retourne vers Kaïm, se courbant e signe d’excuse.
« Je suis profondément désolé si elle vous a ennuyé. Elle est âgée et de plus en plus sénile. Veuillez la pardonner. »

Shushu fait une moue désapprobatrice et demande :
« De quoi parles-tu ? Je ne fais que jouer avec grand frère Kaïm. Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ? »

Elle regarde le jeune homme et rajoute : »Qui êtes-vous ? »

Le jeune homme lance un regard triste à Kaïm et se met à s’excuser de nouveau. Avec un sourire affligé, Kaïm m’arrête. Kaïm sait que parfois une vie peut être plus triste et déchirante quand elle est prolongée que quand elle est écourtée. Cependant, une vie a beau être terriblement triste et déchirante, personne n’a le droit de la mépriser.

« Elle ne comprend simplement pas qu’elle est vieille. Même si je lui présentais un miroir, elle me demanderait qui est cette vieille femme. »

Le jeune homme qu’i s’appelle Khache explique plus précisément la situation à Kaïm :
« Elle peut oublier qu’elle a pris un petit-déjeuner, alors que ses souvenirs d’enfance son intacts. »

Kaïm acquiesce silencieusement. Khasche et Kaïm s’assoient sur un banc de la place et regardent Shushu cueillir des fleurs. Elle semble composer un couronne de fleurs pour son « grand frère » de retour après une si longue absence.

« Mais, Monsieur, vous avez du temps devant vous ? Vous n’étiez pas pressé d’aller quelque part ? »

« Non, ça va. Ne vous inquiétez pas. »

« Merci beaucoup »

Il sourit pour la première fois et dut : « Ça fait des lustres que je ne l’ai pas vue si heureuse. »

Le jeune homme semble convaincu que son arrière-grand-mère a retrouvé en Kaïm une personne qui ressemble à quelqu’un qu’elle connaissait enfant. Kaïm ne le contredit pas. Il sait que Khasche est incapable d’imaginer l’existence d’une personne qui ne vieillit jamais et il n’a pas besoin de l’envisager de toute façon.

« Sa santé s’est beaucoup détériorée dernièrement. A chaque fois qu’elle a une poussé de fièvre, on se demande si c’est bientôt la fin et on se prépare au pire. Mais elle s’en remet. Parfois, on plaisante en disant que son esprit est une telle passoire qu’elle en a mêle oublié de mourir. »

Kaïm observe le jeune homme de profil. Khasche a un sourire adorable sur le visage quand il parle de son arrière-grand-mère. Ça ne fait aucun doute qu’elle s’en occupait et jouait avec lui quand il était enfant. Adulte aujourd’hui, Khasche prend soin de son arrière-grand-mère comme un père avec sa propre fille.

Il lui dit : « C’est jolie, arrière-grand-mère. Je ne t’ai pas vue faire de bouquet depuis longtemps ! »

Accroupie dans l’herbe, les fleurs à la main. Shushu répond :
« C’est faux, Je lui ai fait un bouquet hier ! »

Puis elle dit à Kaïm :
« Hein, c’est vrai, grand frère ? Tu l’as même mis dans tes cheveux pour me faire plaisir, n’est-ce pas ? »

Kaïm met ses mains autour de sa bouche et lui répond :
« Évidement, ça sentait si bon ! »

Le visage de Shushu se plisse de joie. Submergé par l’émotion. Khasche baisse la tête. Kaïm demande à Khasche : « C’est vous qui prenez soin d’elle ? »

« Oui, oui, avec ma femme Cynthia. »

« Que font vos parents ? Ou même vos grands-parents ? Sont-ils toujours vivants ? »

Khasche hausse les épaules et répond :
« Mon arrière-grand-mère et moi somme les deux seuls membres de la famille encore vivants. »

Ses grands-parents sont morts tous les deux suite à une épidémie il y a vingt ans. Son père a péri pendant la guerre qui eut lieu dans cette région il y a dis ans. Sa mère, la petite-fille de Shushu, a vieilli plus vite que sa propre mère et elle s’est éteinte il y a cinq ans.

« Mon arrière-grand-mère a dû assister à toutes ces funérailles au fil des années ; celles de ses enfants et de ses petits-enfants. Avant qu’on s’en rende compte, elle était devenue la personne la plus âgée de la ville. On doit se sentir très seul dans cette situation… »

« C’est sûr », répond Kaïm.

« C’est certainement une faveur divine de laisser l’esprit divaguer quand un individu vit trop longtemps. Enfin, c’est comme ça que je vois les choses ces derniers temps. On pourrait croire qu’elle se sent seule après avoir perdu tous ces proches, mais pas du tout. Vivre longtemps permet de cultiver de nombreux souvenir. Ce n’est peut être pas une si mauvaise chose de vivre dans ses souvenirs au terme de sa vie.

Shushu se relève, les bras remplis de fleurs.

« Grand frère Kaïm ! Je vais faire une couronne de fleurs rien que pour toi ! S’il me reste des fleurs, j’en ferai une deuxième pour quelqu’un d’autre. »

Perplexes, Kaïm et Khashe se regardent en souriant.

« Pourquoi souriez-vous ainsi ? », demande Shushu. « Vous êtes amis maintenant ? »

Surprise, elle écarquille ses yeux ridés, fait un grand sourire aux deux hommes et s’effondre dans l’herbe. Khasche se met a courir à la recherche d’un médecin, mais Kaïm le retient en lui saisissant le bras et dit : « Vous feriez mieux de rester à ses côtés. »

Ironiquement, Kaïm, qui ne pourra jamais véritablement savoir ce que cela fait de vieillir, a assisté à d’innombrables morts au fil des années. Grâce à son expérience, il est convaincu que Shushu ne s’en remettra pas cette fois. Shushu repose sur le dos, à l’endroit où elle est tombée, sa brassée de fleurs désormais étalée sur a poitrine.

Elle sourit.

« Attends une minute, grand frère Kaïm. Je te donne la couronne de fleurs tout de suite… »

Son esprit erre toujours dans les souvenirs du passé. Restera-t-elle dans cet état jusqu’à la fin ?

« Continue à te battre, arrière-grand-mère ! Ne laisse pas tomber ! », Khasche prend sa main et l’encourage tout en fondant en larmes, mais il se peut qu’elle n’ai même pas conscience qu’il s’agisse de son petit-fils.

« C’est moi, arrière-grand-mère, c’est moi, Khasche ! Tu ne pas oublié, hein ? J’ai fait ta toilette hier soir, Tu savais qui j’étais à ce moment-là, non ? »

Khasche l’implore de toutes ses forces.

Mais Shushu, un sourire enfantin aux lèvres, est en train de partir pour l’autre monde.

« Je vais bientôt être père, arrière-grand-mère ! Tu t’en souviens ? Je te l’ai dit hier soir, Cynthia est enceinte. Ça fera de toi une arrière-arrière-grand-mère ! Notre famille s’agrandira… Une nouvelle personne de même sang que toi. »

Toujours souriante, Shushu prend entre ses doigts tremblants une des fleurs sur sa poitrine. Elle la pousse vers Khasche et dans un murmure, elle dit :

« Ne m’oublie pas maintenant, entendu ? »

Khasche ne comprend pas. C’est normal: comment aurait-il pu connaître l’expression qu’elle utilisait toujours bien avant qu’il soit né ?

Kaïm pose son bras sur l’épaule de Khasche et dit : « Répondez-lui »

« Je comprends, arrière-grand-mère, jamais je ne t’oublierai. C’est impossible. Comment pourrais-je oublier mon arrière-grand-mère ? »

« Ne m’oublie pas maintenant, entendu ? »

« Jamais je ne t’oublierai, arrière-grand-mère, crois-moi. Je me souviendrai de toi toute ma vie. »

« Ne m’oublie pas maintenant, entendu ? »
Shushu ferme les yeux et pose une main sur les fleurs étalées sur sa poitrine comme si elle cherchait quelque chose à tâtons. On dirait presque qu’elle essaie d’ouvrir la porte de ses souvenirs.

Une légère brise l’effleure.

Les fleurs sur sa poitrine vacillent au gré du vent comme les souvenirs. Parmi ses souvenirs se trouve certainement le Kaïm d’il y a quatre-vingts ans. Kaïm attrape un pétale dans le vent et l’enferme dans la paume de sa main. Shushu ne rouvrira plus les yeux. Elle entame un voyage dans un monde où le passé comme le présent n’existe pas. Les seuls qu’elle abandonne sont Kaïm, qui continuera à vivre pour toujours, et Khasche, qui est sur le point d’accueillir un nouvelle être dans ce monde.

S’accrochant au corps de sont arrière-grand-mère Khasche, en pleurs, relève la tête pour regarder Kaïm.

« Merci mille fois », dit-il à Kaïm le voyageur. « Grâce à vous, mon arrière-grand-mère a connu le bonheur de conclure sa vie en cueillant des fleurs. »

« Je n’y suis pour rien », répond Kaïm.

Il referme la main sur le pétale et dit à Klassche :
« Je suis sûr que si elle avait eu le temps de faire un bouquet, elle l’aurait offert à l’adorable nouveau-né. »

Khasche penche timidement la tête et murmure : « J’espère que vous avez raison. » Puis, esquissant un sourire à travers ses larmes, il affirme :

« Je suis sûr que vous avez raison. »

« A propos de la promesse que vous lui avez faite. Comportez-vous bien et ne l’oubliez pas. »

« Non, bien sûr… »

« Les gens continuent de vivre dans la mémoire des survivants. »

Sur ces mots, Kaïm s’en va lentement. Derrière lui, il entend la voix de Shushu.

Ne m’oublie pas maintenant, grand frère Kaïm, entendu ?

C’est la voix de la fillette il y a quatre-vingts ans qui résonne toujours plus clairement. Douce et innocente, faisant ses adieux à l’homme qui voyagera dans la vie pour l’éternité.
La petite menteuse
Tout le monde au marché déteste cette petite fille. Pas encore dix ans et loin d’avoir perdu la douce innocence de l’enfance, elle n’inspire que le mépris chez les adultes qui possèdent une boutique au marché. La raison est simple. Elle ment à propos de tout.

« Hé, Monsieur, je viens de voir un cambrioleur s’introduire dans votre maison ! »
« Madame, tout vient de dégringoler de vos étagères ! »
« Hé, tout le monde, vous avez entendu ce que le voyageur a dit ? Des bandits prévoient d’attaquer ce marché ! »

Même les mensonges les plus inoffensifs peuvent agacer quand ils se répètent trop souvent. La colère des commerçants monte.

« Vous feriez bien de vous méfier d’elle, vous aussi ». Dit la marchande de fruit et légumes à Kaïm.

« Comme personne ne la croit plus ici, elle est à l’affût des nouveaux venus ou des étrangers. Quelqu’un comme vous serait une cible parfaite pour elle. »

Elle avait peut-être raison. Kaïm est nouveau en ville. Il est arrivé il y a quelques jours et il a commencé à travailler au marché aujourd’hui.

« Que font ses parents ? », demande Kaïm en déchargeant une charretée de légumes. La femme fronce les sourcils et secoue la tête dans un soupir.

« Elle n’a pas de parents. »

« Ils sont décédés ? »

« La mère est morte, c’est sûr, il y a peut-être quatre ou cinq ans. C’était une jeune femme pleine de vie qui n’avait jamais été malade, même d’un simple rhume, de toute sa vie. Puis un jour, elle s’est effondrée et elle est morte sur le coup. »

« Et son père ? »

Elle soupire encore plus profondément et dit :
« Il est parti pour trouver du travail en ville. »

Les parents tenaient une épicerie au marché. En réalité, la mère s’occupait de la boutique presque seul puisqu’elle gérait les achats et les ventes des différentes marchandises entreposées. A sa mort, les finances s’effondrèrent jusqu’à ce que quelqu’un reprenne la boutique. Le père s’en alla pour une lointaine capitale à la recherche d’un travail bien payé qui lui permettrait de rembourser ses dettes. Il promit de revenir sis mois plus tard, mais ça fait déjà un ans de ça, Des lettres de lui arrivaient à l’occasion chez son ami le tailleur, mais depuis 6 mois plus rien.

« Je suppose que vous trouver ça triste pour cette petite fille d’attendre le retour de son père, mais quand même… »

La fillette dort désormais dans un coin de l’entrepôt qui appartient aux gens du marché.

« Nous parlions tous de prendre soin d’elle. »

Cela ne surprend aucunement Kaïm. Il sait d’expérience que toutes les personnes qui travaillent au marché, pas seulement cette gentille femme potelée, on bon cœur et sont généreux malgré leurs modestes moyens. Sinon, ils n’auraient jamais engagé un étranger comme lui.

« Mais bien avant que les six premiers mois s’écoulent, on en avait tous ras le bol d’elle. Elle était mignonne et simple quand sa mère était en vie, mais cet évènement tragique l’a perturbée. Toute sa gentillesse a disparu. Bien sûr, nous étions tous navrés pour elle et nous nous sommes relayés pour la nourrir et l’habiller de vieux vêtements, mais elle a tellement menti à tous les adultes que plus personne ne se préoccupe d’elle aujourd’hui. Pourquoi ne comprend-elle pas ça… ? »

« Elle doit se sentir seule, vous ne pensez pas ? »

Avec un sourire peiné, la femme hausse les épaules et dit :
« Assez jacassé pour aujourd’hui. Au travail ! » Puis elle entre dans la boutique.

Kaïm est en train de trier les légumes qu’il a déchargés devant la boutique quand il entend une petite voix derrière lui.

« Hé, Monsieur, vous êtes nouveau ici ? »

C’est la fillette.

« Oui… »

« Vous ne venez pas de la ville, si ? »

« Non… »

« Est-ce que vous vivez au-dessus de la boutique ? »

« Pour l’instant en tous cas. Ça me convient. »

« Je vais vous dire un secret, d’accord ? »

Et c’est parti, « D’accord », dit Kaïm sans s’arrêter de travailler.

« Il y a un fantôme sur ce marché. Les gens n’en parlent à personne parce que c’est mauvais pour les affaires, mais il existe vraiment. Je le vois tout le temps. »

« Vraiment ?! », répond Kaïm en feignant la surprise.

Il décide d’entrer dans son jeu plutôt que de la repousser parce qu’elle ment. Dans sa vie sans fin, il a eu l’occasion de rencontrer tellement d’enfants qui avaient perdu leurs parents ou qui avaient été abandonnés. La tristesse et la solitude des enfants qui ont été projetés dans le monde, seuls, sont des sentiments que Kaïm ressent en errant à l’infini.

« Quel genre de fantôme ? »

« Une femme. J’ignore son identité. »

D’après elle, c’est le fantôme d’une mère qui a perdu son enfant. Sa petite fille, son unique enfant, est morte à cause d’une épidémie. Submergée par le chagrin, la mère choisit de mourir. Aujourd’hui, son fantôme qui est à la recherche de sa fille apparaît au marché tous les soirs.

« Pauvre mère ! Elle s’est tuée pour retrouver sa fille, elle ne parvient pas à la trouver dans l’autre monde. Du coup, elle ne cesse de la chercher et de crier : Où es-tu ? Viens vite avec Maman dans l’autre monde. »

La fillette raconte son histoire avec un très grand sérieux.

« Vous ne trouvez pas ça triste ? », demande-t-elle à Kaïm.
Elle a les larmes aux yeux, ce qui prouve à Kaïm qu’elle ment sans aucun doute.
Même si la marchande ne l’avait pas mis en garde, il aurait su que c’était un mensonge basé sur ce qu’elle lui avait raconté du passé de la fillette. Kaïm range avec soin des grappes de raisin bien mûr sur un présentoir et demande à la petite fille :

« Pourquoi penses-tu que la mère ne réussit pas à retrouver sa fille ? »

« Quoi ? », lui répond-elle d’un air hébété.

Il continue : « Eh bien, la fille n’est pas dans l’autre monde et elle n’erre pas dans ce monde, alors où est-elle ? »

Kaïm ne souhaite pas effectuer un contre-interrogatoire. Il a simplement conscience que quelqu’un qui ment par chagrin peut avoir moins de ma à reconnaître ce mensonge pour ce qu’il est. La solitude de la fillette qui a perdu sa mère et qui a été abandonnée par son père ne se manifeste pas par un petit mensonge, mais un mensonge perpétuel.

« Hum, maintenant que vous le dites, c’est vrai que c’est étrange », dit la fillette en souriant calmement.

« Mais où bien a pu aller cette fille ? »
Kaïm envisage l’espace d’un instant de pointer son doigt sur la fille pour lui dire « juste ici », mais avant qu’il n’en ai eu le temps, elle continue :

« C’est la première fois que quelqu’un me demande ça. Vous êtes…Différent. »

« Je ne sais pas… »

« Si, vous l’êtes. Vous êtes différent », insiste la fillette.

« Je pense qu’on peut être amis. » Son sourire s’agrandit.
Kaïm lui lance un sourire sans dire mot. A ce moment-là, ils entendent la marchande de fruits et légumes arriver de l’arrière-boutique et la fillette s’enfuit en courant. Juste avant de disparaître, la fille fait un petit signe de la main a Kaïm comme pour lui dire « A bientôt ». Pour la première fois, le visage de la fillette aux traits bien trop adultes arbore une expression enfantine de son âge.

La fille commence à venir voir Kaïm à la boutique plusieurs fois par jour quand la marchande s’absente. Elle lui raconte mensonge sur mensonge.

- J’ai préparé des cookies avec ma mère hier soir, je voulais t’en donner, mais ils étaient si bons que j’ai tout mangé.
- Des bandits m’ont enlevée quand j’étais bébé, mais mon père est venu me sauver et il a frappé tous les méchants pour éviter que je sois blessée.
- Ma maison ? Elle est grande et blanche, elle se trouve au pied de la montagne. Vous êtes nouveau ici, c’est pour ça que vous ne savez probablement pas que c’est la plus grande maison de la ville.
- Vous n’avez pas de famille ? Vous êtes seul ? Pauvre Kaïm ! J’aimerais pouvoir partager un peu de mon bonheur avec vous !

Tous ses mensonges naissent du chagrin, des mensonges solitaires qu’elle ne pourrait jamais raconter aux gens du marché qui connaissent son passé. A la fin de toutes discussions avec Kaïm, en partant, la fillette met son doigt devant la bouche et dit :

« C’est notre petit secret. N’en parlez pas à la marchande. »

Bien sûr, Kaïm ne raconte rien à personne. S’il se trouve dans une situation où les gens du marché médisent de la fillette, il s’éclipse discrètement. Les mensonges et les dénigrements sont amusants, il ne prennent pas forme quand ils sont racontés, mais seulement quand quelqu’un est présent pour les écouter et les approuver. Quelqu’un de véritablement seul ne peut jamais dire de mal sur autrui. C’est la même chose pour les mensonges. Comme elle a quelqu’un à qui raconter ses mensonges, la fillette n’est plus vouée à tomber dans l’abysse de l’isolement total. Pour protéger le petit bonheur triste de la fillette, Kaïm joue le rôle de l’auditeur qui ne soulève aucune objection.

Un jour, la fillette vient voir Kaïm et fait particulièrement attention à ne pas être remarquée par la marchande ou par les propriétaires des boutiques voisines.

« Dites-moi, Monsieur, avez-vous prévu de rester ici longtemps ? »

« Non », répond Kaïm en continuant à décharger les fruits et légumes.

« Vous partirez quand vous aurez économisé assez d’argent ? »

« Probablement »

« Mais vous n’avez pas encore amassé assez d’argent ? »

« Non, pas encore », dit-il en se forçant à sourire à la fillette.

C’est un de ses petits mensonges à lui, il a déjà assez d’argent pour subvenir à ses besoins sur la route. Il n’a pas non plus accepté ce travail à demeure parce qu’il a énormément besoin d’argent. Il reste ici, car il n’a pas trouvé de destination où il aimerait se rendre. Un voyage sans fin. Les sages disent que nous avons besoin de rêves et de buts dans la vie. Les rêves à réaliser et les objectifs à atteindre apparaissent comme des points de repère dans la vie précisément parce que la vie a un début et une fin.

Quels sont les rêves et es buts de quelqu’un qui est condamné à vivre éternellement ? La vie de Kaïm n’est pas un voyage à effectuer dans la hâte. Ce n’est pas non plus un voyage qu peut être précipité. Dériver jour après jour sans destination ne peut même pas être qualifié de voyage.

La fillette dit : « Si j’était vous, je quitterais ce marché dès que j’aurais économisé assez d’argent pour voyager deux ou trois jours. »

Kaïm lui répond par un sourire affligé et silencieux. Quelle serait l’expression du vissage de la fillette si Kaïm venait à lui dire :
« Je reste ici pour toi » ?

Je trouve un sens à ma vie en ce moment en étant l’auditeur de tes mensonges.

Au moment où ces mots lui viennent à l’esprit, ces mots qu’il ne pourra jamais lui dire, la fillette regarde autour d’elle furtivement et dit dans un murmure :
« Si vous voulez partir d’ici bientôt, je connais un bon moyen d’y arriver »

« Un Bon moyen… ? »

« Introduisez-vous dans la boutique du tailler et volez la caisse. Il y a un pot dans le petit placard au fond de la boutique. Il est rempli d’argent. »

« Est-ce que tu es en train de me dire que je dois voler ? »

« Oui. »

Elle regarde Kaïm droit dans les yeux avec une assurance infaillible. Très sérieusement, elle poursuit son explication :
« Ce tailleur mérite d’être dépouillé. »

Selon elle, l’argent dans le pot est de l’argent sale.
Elle dit : « Je connais une fille, une bonne amie à moi, qui a vécu des événements dramatiques. Sa mère est morte son père est parti pour trouver du travail dans la capitale. Du coup, elle se retrouve toute seule. Son père était censé revenir la chercher au bout de six mois, mais elle n’a eu aucune nouvelle. »

Encore un autre mensonge né de son chagrin. Kaïm demande calmement :
« Y’a-t’il un lien entre ton amie et le tailleur ? »

Elle répond : « Bien sûr, il y a un lien étroit. Le père envoyait de l’argent à sa fille chaque mois comme il l’avait promis, pour lui faciliter la vie en ville. Il lui écrivait aussi, il voulait lui raconter qu’il avait trouvé un bon travail en ville, qu’elle devrait venir vivre avec lui immédiatement, qu’il était trop occupé pour venir la chercher, alors elle devrait venir le rejoindre. Il lui envoyait de l’argent pour le voyage. Mais aucune de ces lettres et pas un sou n’ont été transmis à la fille. Et comment ça se fait d’après vous ? »

Avant que Kaïm ne puisse répondre, la fillette dit :
« L’erreur qu’il a faite était d’envoyer les lettres et l’argent chez le tailleur. Il garde tout l’argent pour lui. »

Kaïm détourne le regard.

Afin d’étayer un triste mensonge, la fillette a inventé un mensonge encore plus désolant, un mensonge qui peut blesser une tierce personne.

« Ce serait un jeu d’enfant de forcer la serrure de la porte de derrière chez le tailleur », ajoute la fille avant de s’en aller en sautillant sans attendre la réponse de Kaïm.

Le lendemain matin, la fillette arrive en courant dans l’épicerie, en criant le nom de la propriétaire. Elle adresse directement la parole à la femme et non à Kaïm :
« Des cambrioleurs sont entrés par effraction chez le tailleur cette nuit ! »

Elle raconte avoir vue des voleurs s’introduire furtivement tard la nuit après la fermeture du marché. En se forçant à sourire, la femme dit :
« c’est pas vrai ! Ça dû être terrible ! »

Manifestement, elle ne prend pas la fillette au sérieux.

« Mais c’est vrai ! Je les ai vus, je vous jure ! »

« Écoute, fillette, j’en ai assez entendu de ta part. Tu es une telle petite menteuse que ça me terrifie de penser que tu deviendras une voleuse ou une arnaqueuse quand tu seras adulte. Je dois ouvrir la boutique, alors si tu veux bien me laisser tranquille ? Va mentir à quelqu’un d’autre. »

Elle a à peine dit son dernier mot que quelqu’un a l’extérieur crie

« Au secours ! A l’aide ! » C’est le tailleur qui est dabs la rue, l’air horrifié et criant à pleins poumons.

« Des… des cambrioleurs ! il ont volé mon argent ! »

La fillette s’éclipse en voyant le tailleur entrer. Une vive agitation s’empare du marché. Une chose est sûre : La fillette ne mentait pas. Trop abitués à ses mensonges, les gens se mettent à penser à un autre genre de mensonges.

« Peut-être que c’est elle la coupable. Qu’en pensez-vous ? »

Et de fil en aiguille, les choses s’enveniment…

« Je pense que vous avez peut-être raison. »

« C’est vrai qu’elle sait jouer la comédie ! »

« Je ne pense pas qu’elle se gênerait. »

« Trouvons-la On la fera avouer… même si on doit se montrer un peu durs avec elle. »

Personne ne s’oppose à cette proposition. Certains courent voir à l’entrepôt, d’autres commencent à fouiller le marché.

« Impossible de mettre la main dessus ! »

« l’entrepôt est vide. »

« Elle s’est enfuie avec l’argent ! »

Alors que les spéculations vont bon train, Kaïm finit par tout comprendre. Après tous ses tristes mensonges, la fillette est partie en disant la vérité.

« Elle n’a pas pu aller bien loin ! »

« Ouais, on peut encore la rattraper ! »

« La petite voleuse ! Attendez que je lui mette la main dessus ! »

Les hommes fulminent et les femmes attisent leur colère :

« Bien ! Infligez-lui ce qu’elle mérite ! »

« On a été si gentils avec elle et voilà comment elle nous traite ! Il est hors de question qu’elle s’en sorte ! »

Mais Kaïm se dresse en travers de leur chemin.

« Hé, dégage ! »

Les hommes sont hors d’eux, mais Kaïm sait que s’il le voulait, il pourrait les assommer tous d’un coup, alors qu’eux seraient incapables de le toucher. Au lieu de ça, il maintient sa position de et lance une bourse en cuir au sol, au pieds des hommes.

« L’argent volé est dedans », dit-il.

« Quoi ? »

« Désolé, je l’ai volé. »

Une agitation confuse se transforme vote en crise de colère. Kaïm lève la main pour montrer qu’il ne résistera pas.

« Faite de moi ce que vous voulez. Je suis prêt. »

L’épicière passe le mur des hommes et lui crie :

« Comment avez-vous pu faire ça, Kaïm ? »

« Je voulais l’argent, c’est tout. »

« Et vous ne dites pas ça pour protéger la fillette ? »

La femme a beaucoup trop d’intuition. Se forçant à sourire, Kaïm s’adresse au tailleur :
« L’argent était dans le pot dans le petit placard, n’est-ce pas ? »

L’homme hoche la tête énergiquement :
« C’est vrai ! Ça doit être le coupable ! Je gardais bien l’argent dans le pot ! c’est un voleur »

« Il n’y avait pas que l’argent dans le pot, n’est-ce pas ? »

« Que voulez-vous dire ? »

« il y avait aussi des lettres, des lettres écries par le père de la fillette. »

« C’est faux ! Vous êtes devenu fou ! »

« Pourtant, c’est la vérité. »

« Non, il ne pouvais pas y avoir de lettres ! Je les ai toutes jetées… »

Le tailleur plaque sa main sur sa bouche. Mais c’est trop tard. L’épicière lui lance un regard furieux.

« Qu’est-ce que tout ça veut dire ? », demande-t-elle.

« Heu…non…je veux dire… »

« Il faudrait mieux tout nous raconter. »

Les regards en colère passent de Kaïm au tailleur.
Quelques jours plus tard, deux lettres expédiées par la fillette arrivent pour « La femme de l’épicerie et le gentil monsieur du dessus. » La lettre de Kaïm raconte que la fille a réussi à retrouver son père dans la capitale. Il n’y a aucun moyen de savoir si c’est vrai ou faux. C’est difficile d’imaginer qu’un petite fille puisse retrouver si facilement son père dans une grande ville sans connaître son adresse ou son lieu de travail.

Pourtant, il choisir de la croire quand elle écrit :
« Maintenant, je suis heureuse. »

Les êtres humains sont les seuls animaux à mentir. Il y a les mensonges qui dupent, les mensonges qui profitent et les mensonges qui protègent un cœur de la solitude et du chagrin écrasants. Si les mensonges n’existaient pas dans ce monde, de nombreux conflits et malentendus disparaîtraient très certainement. D’un autre côté, c’est peut-être parce que ce monde mélange vérité et mensonges que les gens ont appris à « croire ».
Quand il a terminé sa lecture, Kaïm observe la femme. Concentrée sur sa lettre, elle relève timidement la t^te quand elle sent le regard de Kaïm.

« J’abandonne ! », déclare-t-elle. « Écoutez ça : »

Je vous remercie tous, vous et les autres gens du marché, pour tout ce que vous avez fait pour moi. Je ne vous oublierai jamais tant que je vivrai.

« Une menteuse jusqu’au bout, cette fillette ! », sanglote-t-elle en souriant.
Pour ce faire, il m'as simplement fallut prendre en photo l'écran de mon collègue, ce qui n'était pas très long (2 minutes par texte). Cependant, il ne les a pas tous débloqué, et notamment "La Portraitiste de Défunts"
ou encore "lettre d'un faible" que l'on ma conseiller sur ce site.

Donc si l'un d'entre vous aurez 5 minutes pour me les faire parvenir en photos ce serai cool. Il est par contre évident que je ne recopierai pas tous le textes du jeu. (à environ 1h30 par texte je sélectionnerai probablement que les 10 meilleurs )

Comme Il me manque des textes je ne peu donc pas les
juger, j'attends donc votre avis pour ceux la :

-Pluie étincelante
-Le classement des vies
-Le village proche des Cieux
-Les Pierres du Paradis
-Balise
-Le chant des cigales
-Retour du natif
-La vie est une loterie


(Je ne pense pas avoir fait de faute de frappe ou d'orthographe en les recopiant, mais si vous en voyez, n'hésiter pas à me les communiquer)

Est-ce qu'une sauvegarde avec tout débloquer peu s'échanger via le net ?
Quitte a ce que je prenne les photo moi même en cas d'impossibilité de votre part !
Dernière modification par vodka-kyo le mar. août 18, 2009 7:04 pm, modifié 2 fois.

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Julien
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Messagepar Julien » mar. août 18, 2009 5:55 pm

Merci pour le recopiage et la proposition ! :) Je pense que FanFFs verra directement avec toi dans ce topic ou par MP pour ce qui est de la publication des textes sur le site.

Pour ce qui est des sauvegardes, il ne me semble pas que celles-ci puissent s'échanger via internet (ou plus simplement, s'extraire du disque dur de la 360 ou d'une carte mémoire), auquel cas je pourrais te passer la mienne où tous les rêves sont débloqués si te sens assez courageux pour les taper.

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vodka-kyo
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Messagepar vodka-kyo » mar. août 18, 2009 7:01 pm

Encore un:

La Solitude de la reine
Mille ans peuvent tout changer, y compris le paysage.
La reine Ming contemple sa capitale depuis la fenêtre du palais.
La vue panoramique ressemble à un grand livre d’histoire.

Le volcan, qui se dresse majestueusement au loin, crachait des nuages de fumée par le passé, et s’est endormi. Il y a 700 ans.

Autrefois partie intégrante de la mer, la crique fut asséchée il y a 500 ans, et devint un village pour les pêcheurs passant leur vie sur l’océan.

La rivière dessinait de larges méandres dans le paysage, mais le déluge qui fit rage il y a 300 ans, fut l’occasion d’un important aménagement fluvial : La construction d’un canal parfaitement droit. A l’endroit où la rivière serpentait autrefois, il reste maintenant un bras de rivière mort où le roseau pousse abondamment et donc les rives offrent aux gens de grandes richesses naturelles.

Même l’ancien désert rocailleux s’est transformé en un vaste jardin luxuriant grâce au projet d’irrigation mis en place il y a 200 ans.

La montagne qui était le centre religieux du peuple s’est embrasée il y a 100 ans. Autrefois recouvert d’un épais tapis de verdure et considéré comme la demeure des dieux, le pic imposant fut transformé en un amas de pierres par un feu de forêt qui sévit trois jours et trois nuit durant. Pratiquement tous ceux qui vivaient dans la forêt, les oiseaux et les autres animaux, bien sûr, mais aussi les gens, périrent dans les flammes. Les habitants du village en contrebas pleurèrent la terrible transformation de la demeure de leurs dieux, mais aujourd’hui, cent ans plus tard, la montagne est plus verte que jamais. Les habitants du village et les montagnards racontent encore l’histoire de l’incendie, mais les enfants d’aujourd’hui ont du mal à s’imaginer q’un jour, les versants luxuriants et verdoyants ont été brûlés et noircis.

Bien qu’ayant retrouvé sa luxuriance d’antan, la montagne pourrait, bien sûr, s’embraser à nouveau, que ce soit dans cent ans, deux cents ans, ou même demain. Mais même si elle devait encore brûler, les arbres repousseraient, les animaux et les insectes chassés par le feu reviendraient, et, avec le temps, la montagne se couvrirait à nouveau de verdure. C’est ainsi qu’œuvre la nature. Avec du temps, avec d’infinies périodes de temps…

Mais non.

S’étourdir à la pensée d’infinies périodes de temps est un privilège du commun des mortels, de ceux qui n’ont pas d’autre choix que de dépenser toute leur énergie à vivre dans le présent. Quelle chance ils ont de pouvoir se plonger mille ans en arrière tel un vieil homme racontant un conte de fée à un enfant : « Il était une fois, il y a très, très longtemps… » Et qu’elle chance il aurait, celui qui serait capable de raconter l’avenir de son pays semblable à un beau rêve, comme les enfants racontent leurs propres rêves d’avenir les yeux pétillant, et de transmettre ce rêve au prochain règne !

Ming se tient ainsi devant la fenêtre tous les matins. C’est pour elle un moment particulier de la journée qui lui permet de penser à la manière dont ses sujets gagnent leur vie, de guetter les signes d’intrusions de l’ennemi, et de réfléchir aux mesures qu’elle pourrait adopter.
Elle a fait ça touts les jours, sans exception. Durant les mille années qui se sont écoulées. Le pays a prospéré. Les gens ne meurent plus de faim comme c’était le cas lorsqu’elle est montée sur le trône.

Dans le futur, les historiens chanteront sûrement les louanges du règne millénaire de Ming. Gracieusement surnommée « La Reine Millénaire » et sa noble silhouette restera gravée dans les mémoires. Chérissant son souvenir, les gens cependant, mourront avant elle. Les historiens qui en font l’éloge, ne seront pas témoins de la fin de son règne, mais feront eux-mêmes partie de l’histoire. Ming est reine depuis mille années. Et le sera encore probablement les mille prochaines.

« J’espère que Sa Majesté est encore d’excellente humeur ce matin. »

Elle entend la voix derrière elle. Le regard encore fixé sur les rues de la ville en bas, Ming répond : « Vous êtes en avance aujourd’hui. »

« Pas tant que ça si sa Majesté est déjà en train d’observer la fumée qui s’échappe des chaudrons de son peuple. »

Elle n’a pas besoin de se retourner pour identifier le visage souriant derrière elle. C’est celui de Nagram, son ministre. Il a le sourire courtois et cordial. Mais elle sait que dans ces yeux plissés se cache une lueur maléfique.

« Aujourd’hui, j’accompagne sa Majesté pour l’inspection des troupes. »

« Vous ? »

« Oui, en raison d’un léger changement d’affectations aujourd’hui. »

« Vraiment ? »

« Je ne suis peut-être pas à la hauteur de cette tâche, mais je ferai de mon mieux si sa Majesté m’autorise à la servir. Je demande sa permission. »

Le dos toujours tourné à Nagram, Ming hoche la tête en silence.

Ah oui, se dit-elle en souriant amèrement. Leur plan entre en action aujourd’hui.

Ming a senti depuis longtemps que les intentions de Nagram sont mauvaises. Il a apparemment pris le commandement de certaines unités de la garde royale. Ça et là dans la ville, ses hommes font également profils bas, prêts à ouvrir le feu dès qu’il en donnera l’ordre. Ça ne fait aucun doute : aujourd’hui, jour de l’inspection officielle habituelle des troupes, c’est la journée idéale pour un coup d’État.

Lorsque Nagram sort, Ming pénètre dans son bureau et convoque Hannes, son plus ancien ministre, un véritable vétéran de la politique et son plus fidèle confident. Hannes, qui arbore une barbe très fournie, a été au service de Ming pendant plus de quarante ans.

« Votre Majesté, je crois que Nagram était ici tout à l’heure. »

« Oui, il semblerait qu’il va m’accompagner pour l’inspection des troupes. »

Elle n’a pas besoin d’en dire davantage. Caressant sa barbe épaisse, Hanne dit : « Ça signifie que leur patience a atteint ses limites. »

« Je sais », répond Ming. « Je suis sûre qu’ils sont impatients de commencer. »

« Quel idiot, ce Nagram ! Il ignore totalement que Votre Majesté l’a laissé tendre son propre piège. »

« S’il était suffisamment intelligent pour s’en rendre compte, il mettrait encore au moins deux ans pour tut préparer. »

Il aurait alors beaucoup plus de pouvoir à sa disposition. Il pourrait s’allier non seulement à la garde royale, mais aussi au corps principal de l’armée et à la police. Il pourrait conspirer avec les ennemies extérieurs et prendre des dispositions pour qu’ils envahissent le pays pendant le déroulement des cérémonies. Alors, son coup d’État réussirait probablement. Si sur le long terme il pouvait compter les riches marchands et l’intelligentsia parmi ses alliés. Il serait même en mesure d’organiser une révolution qui renverserait la monarchie.

« Voilà ce que je ferais à la place de Nagram. Si je préparais un coup d’État, je réfléchirais au moins à tout ça. »

Le sourire de Hannes ne pouvait cacher le fait que tout ce discours sur une révolution réussie le mettait mal à l’aise. « Aucun ennemi n’égale sa Majesté, sauf un…Sa Majesté elle-même ! »

Il a probablement raison, pense Ming.

Si son ennemi était immortel comme elle et voulait consacrer tout le temps nécessaire à planifier une révolution, que ce soit un siècle entier ou même deux, il en résulterait non pas une révolution, mais une guerre civile généralisée. Les humains, cependant, ont une espérance de vie limitée. C’est pour cette raison qu’ils se précipitent pour obtenir des résultats avant d’être prêts. Nagram en fait partie. S’il pouvait vivre deux cents ans (sans parler d’un millénaire), il ne serait pas en train d’essayer de prendre les armes à un tel moment charnière.

« Pourtant », dit Hannes, « Je dois admettre que Nagram a déployé ses forces avec bien plus de succès que je ne l’aurais imaginé. Qu’ai-je fait pendant tout ce temps ? j’ai terriblement honte de moi. »

« Ne vous tracassez pas pour ça, Hannes. Grâce à votre inattention, nous pourrons probablement débusquer beaucoup plus de traîtres. »

Ming glousse de satisfaction.

Mais elle ne fait pas ça par pure bravoure non plus, ils ont décidé de ne pas arrêter Nagram plus tôt et de laisser continuer librement pour saisir l’opportunité d’attraper tous les rebelles, à l’intérieur et à l’extérieur du palais.

« Oui, je sais », répond Hannes, et il continue d’expliquer le plan pour faire échouer le coup d’État. Son plan est infaillible. Les chances de réussite du coup d’État son quasiment nulles. Tout ce qu’ils ont à faire, c’est de procéder à une arrestation massive des unités de la garde royale qui se sont rebellées dans le palais et des partisans qui sont tapis dans la vielle, et beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts avant qu’un individu aux ambitions démesurées ne fasse surface à nouveau.

« Ce sera notre première purge en quinze ans », remarque Hannes.

« Tant que ça ? »

« Tout a fait, Votre Majesté. Cette magnifique barbe qu’est la mienne était d’un noir de jais la dernière fois. »

Hannes commandait les troupes qui firent échouer le coup d’État (il y a quinze ans. Loyal, courageux et réfléchi, il est l’officier d’État-major idéal. Il est sans aucun doute l’un des meilleurs conseillers militaires que Ming ait eu au cours d’un millénaire de règne.

« Comme je suis égoïste, Hannes, j’aurai dû vous laisser prendre votre retraite il y a des années. »

« C’est hors de question, Votre Majesté. Vous servir est ma raison de vivre. Je suis profondément honoré d’avoir cette dernière occasion de vous servir. »


C’est vrai, pas même cette admirable serviteur ne pourrait rester éternellement avec elle. Dans cinq ans, dix au plus, Hannes, comme les autres serviteurs loyaux du passé, partirait pour un repos éternel au son des canons militaires. C’est toujours comme ça. Parce qu’ils ne peuvent pas vivre éternellement, de même que les ambitieux qui se hâtent pour marquer leur époque de leur empreinte, les plus loyaux, en qui elle peut placer toute sa confiance, se donnent corps et âme pour la servir. Ils gravent leur nom dans une seule ligne de l’Histoire, puis ils quittent Ming pour l’éternité. Mais Ming, elle, continue à vivre. La jeunesse éternelle. L’Immortalité. Alors c’est ça, le rêve de l’humanité ? Aucun d’entre eux ne connaît la solitude des immortels.

Tandis que Hannes s’adresse une nouvelle fois à Ming, une note d’insistance est perceptible dans sa voix. « Concernant les troupe qui vont intercepter les rebelles…je commanderai celles à l’extérieur du palais. Ai-je permission de sa Majesté de placer les gardes à l’intérieur du palais sous les ordres de mon jeune protégé, Yan ? »

« Ah, oui, Yan… »

« Il est peut-être jeune, mais il est extrêmement compétent. Je l’ai formé attentivement. Je sais qu’il servira sa Majesté merveilleusement bien après la disparition de ce vieux soldat. Je voudrais lui donner l’occasion de se distinguer dans cette crise. »

Ming est tout à fait consciente des qualités exceptionnelles de Yan. Aussi jeune soit-il, il surpasse de loin les autres chambellans, aussi bien dans le domaine civil que dans le domaine militaire. Il est sans aucun doute le premier candidat sur la liste pour succéder à Hannes en tant que commandant en chez de Ming.

« Qu’en pense sa Majesté ? »

« D’accord, laissez-le prendre leur commandement. »

« Je remercie infiniment sa Majesté ! »

Je suis certain que Yan sera aussi profondément touché d’apprendre qu’il a gagné la confiance de sa Majesté. »

Hannes se prosterne devant elle, soulagé d’avoir obtenu la permission de Ming.

« Cependant », continue-t-il, « cela fait longtemps que sa Majesté se méfie de Nagram. »

« C’est vrai », dit-elle.

« Pendant ce temps, votre vieux soldat ignorait totalement que Nagram planifiait une rébellion. J’ai vraiment honte de l’avouer maintenant, mais il me semblait être le modèle même de la loyauté. Comment sa Majesté a-t-elle su voir qu’il était déloyal ? »

Ming se contente de lui sourire sans lui répondre.

« La même chose s’est produite lors du coup d’État il y a quinze ans », poursuit Hannes, « Nous n’avons pu faire avorter la révolte que parce que sa Majesté l’avait vue venir avant tout le monde. Comme aujourd’hui, j’avais été aveugle à la conspiration des traîtres. »

« Si vous le dites, Hannes… »

« Sa Majesté a-t-elle oublié ? »

« C’est-à-dire, c’est arrivé il y a si longtemps… »

Ming essaie d’éluder la question. Comment aurait-elle pu oublier ? Le meneur du coup d’État d’il y a quinze ans était son plus fidèle serviteur. La première fois qu’elle avait abordé le sujet avec Hanne et les autres, leur conseillant d’être sur leurs gardes vis-à-vis de cet homme, tous sans exception avaient affirmé qu’il était, de tous, le plus irréprochable. Au final, les suspicions de Ming s’étaient révélées exactes. Elle savait. Il avait beau exécuter ses ordres fidèlement, lui jurer sa loyauté chaleureusement, elle savait. Cependant, ces derniers jours, elle se demande parfois si tout cela a été bien utile.

Il n’y a pas que le paysage qui change en mille ans. Le cœur des gens aussi. Après d’innombrables réunions et séparations. Ming a réalisé à quel point la confiance et fragile et fugace. Elle se méfie désormais de ce que disent les gens. Et elle se méfie également de leurs actes. Elle sait en regardant les yeux d’une personne. C’est comme ça qu’elle devine mystérieusement et désespérément tout.

Dans les yeux de tous ceux qui voudraient nuire à ce pays brûle une lueur maléfique. On la voit en chacun d’eux : L’homme qui prépare un coup d’État, celui qui est secrètement impliqué avec les ennemis étrangers, celui qui se remplit les poches à coup de lourds impôts, l’espionne qui séduit les ministres haut placés pour arracher des secrets d’État, l’homme qui accepte d’importants pots-de-vin des marchands, avide de gloire qu’il tirera à devenir un pourvoyeur officiel du budget royal. Ce ne sont ni leurs paroles ni leurs actions qui les trahissent. Souvent, l’homme ignore même les méfaits qu’il commettra plus tard. Mais Ming le devine. Elle seule, qui a vécu mille ans. Les voix intérieures lui disent :

Fais attention à cet homme.
Ne quitte pas cette femme des yeux.

Ce n’était pas le cas lorsqu’elle était jeune. Mais elle a plusieurs fois goûté à l’expérience amère de la trahison, a tant regretté, s’est fait tant de reproches, qu’elle a appris à douter. Ming peut voir ce que nul autre ne peut : cette lueur maléfique dans les yeux. Cela lui a permis d’étouffer divers désastre dans l’œuf. Le royaume a pu prospérer car Ming a plus souvent choisi de douter que de croire. En tant que reine, c’est le meilleur cap à tenir. Cependant, c’est une manière de vivre infiniment solitaire.


Le coup d’État de Nagram échoue en un instant. Les unités rebelles de la garde royale, qui dégainent leur épée contre Ming durant l’inspection des troupes sur la place, deviennent la proie de Yan et de ses hommes qui se sont cachés dans les alentours. Entre-temps, les forces anti-rebelles, sous le commandement de Hannes, se jettent sur les partisans de Nagram qui ont été rassemblés pour ouvrir le feu sur la ville, et les arrêtent sans rencontrer la moindre résistance.

Le pauvre Nagram rampe à terre, et demande grâce. Ming lui dit seulement : « Je vous accorde le droit de mourir avec honneur. » Un soldat dépose une épée devant Nagram. Sans dire un mot, Ming fait comprendre à Nagram que l’heure est venue pour lui de s’ôter la vie. Elle tourne les talons et retourne au palais, escortée par des soldats.

Cela ferra passé l’envie a quiconque de fomenter une rébellion, pendant un temps du moins. La paix du royaume a été préservée, mais elle ne durera pas éternellement. Lorsque le coup d’État de Nagram ne sera plus qu’un souvenir, d’ici dix, vingt, voir cent ans, un autre ambitieux fera surface comme c’est arrivé tant de fois par le passé. Il est du devoir de la reine d’accepter ce cycle sans fin, de dit Ming en soupirant.

Ming debout devant la fenêtre du palais, contemple les rues de la ville en bas, lorsque Yan entre dans la pièce.

« Votre Majesté, je viens vous informer que Nagram s’est ôté la vie avec succès il y a quelques instants. »

« Ah… ? L’a-t-il fait avec dignité ? »

« Oui, Même si c’était un traître, il est mort d’une manière qui convient à un commandant. »

« Renvoyez son corps à sa famille avec toute la cérémonie qui s’impose. »

Elle se retourne et regarde Yan droit dans les yeux. Il frissonne face à son regard assassin. C’est alors qu’elle la voit, sans l’ombre d’un doute. Cette lueur maléfique brûle au fond de ses yeux l’espace d’un court instant. Alors Yan en est un aussi ? pense-t-elle en souriant amèrement. Incapable de comprendre la signification de son sourire, Yan ne trouve rien a dire.
« Merci pour tous vos efforts », lui dit Ming. Réprimant un soupir, elle se tourne à nouveau vers la fenêtre.

Au dessus d’eux, les nuages se dissipent et font place à un grand ciel bleu. La seul chose qui n’ait pas changé durant les mille dernières années est peut être le bleu de ce ciel. Et moi, qui suis la reine, se dit ming, réfléchissant sur son rôle. C’est moi qui dirige ce pays et veille à ce que les gens restent heureux. Elle fixe longuement le ciel, se redressant fièrement.

« Oh regarde, c’est la reine Ming ! »

Un petit garçon dans une allée en dessous du château reconnaît Ming et lui fait un signe de la main, très agité.

« Reine Ming ! Reine Ming ! »

Une femme, la mère du garçon à n’en pas douter, sort précipitamment et, se prosternant humblement devant Ming, se met à gronder le garçon pour son comportement impoli. Ming, cependant, lui fait un signe de la main en retour avec un sourit placide. Souriant joyeusement à cette réponse inattendue de sa Majesté la Reine, le garçon se met à sautiller, criant : « Longue vie à la reine Ming ! Longue vie à la reine Ming ! »

Ming regarde à nouveau le ciel.
Bien qu’inchangé depuis mille ans.
Le bleu du ciel pénètre plus profondément dans
Ses yeux et dans son cœur
Qu’il ne le faisait lorsqu’elle était jeune.
Je n'ai pour m'a part pas de Xbox, (enfin seulement la 1 :) ) je ne peut donc pas vérifier cette idée qui m'est venue pour les sauvegardes, je sais cependant qu'elle a des ports USB donc, il y'a peut être moyen comme sur la PS3 avec une simple clée USB de copier les données.
Dernière modification par vodka-kyo le mar. août 18, 2009 7:08 pm, modifié 2 fois.

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Messagepar vodka-kyo » mar. août 18, 2009 7:06 pm

A tous hasard également, il existe peut être des Cheat code ^^

Adieu, l’ami
Même quand il essaie d’avoir l’air détaché, ses sentiments transparaissent. Il est timide, craintif et gentil. Il a beau faire de son mieux pour prendre une expression menaçante, le sourire qui en résulte est incroyablement doux, presque adulateur.

C’est pourquoi Kaïm lui répète sans cesse de « laisser tomber », quand ils sont juchés sur des tabourets de bar, quand ils travaillent dans la carrière, quand ils se promènent au marché ou quand ils se trouvent sur la route pavée.

« Mais pourquoi, grand frère ? » demande Hosee en faisant la moue ; Il appelle toujours Kaïm « grand frère » et bien que Kaïm ne lui ait jamais rien demandé, il saisit toutes les occasions pour le suivre. Dans ce sens, il l’adule presque.

« S’il te plait, emmène-moi avec toi quand tu quittes la ville, grand frère Kaïm : », le supplie-t-il comme un enfant, alors qu’il est assez âgé pour avoir un travail comme tout le monde.

« Naviguer sur les océans. Traverser des continents, voyager partout…mon cœur bat la chamade quand j’imagine toute cette liberté », dit-il, les yeux pétillants comme ceux d’un enfant.

« J’ai toujours voulu rencontrer un voyageur comme toi, grand frère. Emmène-moi avec toi, s’il te plait ! Je ne supporte plus cette ville de ploucs. »

Il prend la main de Kaïm et s’y cramponne comme un petit garçon. Souvent, il regarde les gens autour d’eux dans la rue ou dans l’auberge et leur fait ouvertement des grimaces pour montrer à Kaïm son dégoût.

« Tu viens d’une ville toi aussi, tu sais donc de quoi je parle. La seule chose que possède cette ville, c’est son histoire. Bien sûr qu’elle date, mais elle est a moitié morte. Regarde les visages de ces gens. Pas un seul d’entre eux n’a une étincelle dans les yeux. Tout ce qu’ils veulent, c’est voir passer les jours sans rencontrer de problèmes. C’est le pire endroit au monde. Si je reste cloîtré ici plus longtemps, je vais me décomposer. »

Aucune étincelle ? Kaïm ne voit pas ça de cette façon. Les gens ici se comportent avec le raffinement et la modération adéquats pour une ville historique surnommée « la Capitale antique ». Ils ne nourrissent simplement aucune ambition allant de pair avec les grands espoir ou les dangers.

N’ayant jamais mis les pieds hors de sa ville natale, Hosee ignore tout des autres villes.

Kaïm n’en sait que trop sur les autres villes. Il y a celles qui étaient autrefois les rives droite et gauche d’une même ville séparée par une rivière, mais qui aujourd’hui se livrent une intense et constante bataille vindicative. D’autres souffrent de la famine et les habitants se volent de la nourriture entre eux. Ailleurs, des villes prospères sont rongées par la criminalité causée par l’appât du gain. Il existe aussi des villes où les maisons pourrissent, abandonnées par leurs propriétaires partis à la recherche de richesses, alors que de l’autre côté de la colline, des villes florissantes accueillent des gens qui se réjouissent de leur fortune toute la nuit.

Au cours de son voyage sans fin, Kaïm a traversé un nombre incalculable de villes, ce qui l’amène non seulement à penser, mais aussi à confier à Hosee : « C’est une belle ville ici »
Mais la dernière chose que veut entendre Hosee sur sa ville natale, ce sont des louanges.

« Tu plaisantes », répond-il.

« Pas du tout », dit Kaïm. « C’est vraiment une belle ville. »

« Et moi, je te répète que c’est faux. »

« Aucun endroit n’est parfait c’est sûr. »

« Je ne parle pas de perfection, Ça ne fait que six mois environ que tu séjournes ici. Tu ne peux pas savoir. Je suis coincé dans cette ville de ploucs depuis ma naissance. Tu ne peux pas comprendre ce que je ressens. Je m’ennuie à mort, cette ville me rend malade. Je ne la supporte plus. »

Kaïm comprend très bien de quoi parle Hosee. Pourtant… Kaïm acquiesce en lançant à Hosee un sourire amer. Il ajoute : « Tu sais, certaines personnes dans ce monde donneraient n’importe quoi pour s’ennuyer comme toi parce que tu vis des jours heureux. »

« Et bien…c’est possible… »

« Je pense que tu as eu beaucoup de chance de naître dans une ville comme celle-ci, où les gens sont si heureux. »

Quand vous passer la nuit dans une auberge de la ville, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, sans craindre le moindre problème. La nuit, les jeunes femmes marchent dans la rue sans porter d’arme pour ce protéger. Les enfants ne manquent pas d’une nourriture certes simple, mais nourrissante, et il peuvent jouer dehors jusqu’à la tombée de la nuit.

La route vous apprend certaines choses. Plus vous voyer de villes, plus la leçon est fondamentale et plus elle vous marque. Les choses que Hosee considère comme acquises sont les clés essentielles de bonheur.

« Je n’en suis pas si sûr, grand frère. Tes rêves ne se réalisent-ils pas grâce au bonheur ? Si tu n’as qu’à vivre tranquillement dans la paix et la sécurité, quel est l’intérêt de vivre alors ? »

Hosee ne contredit pas Kaïm pour le simple plaisir de discuter. Regardant Kaïm dans les yeux, il pose ces questions avec le plus grand sérieux et la plus profonde sincérité. Kaïm voit en Hosee un homme honnête en franc. C’est précisément à cause de sa bonne éducation sans problème qu’il a fini par se sentir enfermé dans sa ville natale. L’ironie de la situation fait mal au cœur à Kaïm, ce qui lui donne envie de défier Hosee.

« Alors dis-moi, quel est ton rêve ? »

« Mon rêve ? Ça paraît évident, non ? Partir d’ici le plus tôt possible. »

« Et pour aller où ? »

« N’importe où. Ailleurs. »

« Et que feras-tu quand tu seras arrivé à destination ? »

« Je ne sais pas. »

« Que feras-tu si tu arrives dans un endroit qui ne correspond pas du tout à tes attentes ? »

« Je t’ai déjà dit que je ne savais pas, non ? Arrête d’être si dur avec moi, grand frère. »

« Je ne suis pas dur avec toi, il faut que tu réfléchisses à tout ça. »

« Ça suffit ! Un étranger comme toi ne peut absolument pas comprendre ce que je ressens ! »

Bien qu’il tourne les talons de colère, Hosee reviendra le lendemain matin, adulant son « grand frère » comme d’habitude. Il a la personnalité simple et insouciante d’un enfant.
Hosee est marié à une femme, la jeune et jolie Angela, qu’il connaît depuis l’enfance. Angela porte en elle la concrétisation de leur amour. Hosee deviendra bientôt père.

Les parents de Hosee, ses proches et ses amis bénissent le « jeune couple » qui deviendra bientôt de »jeune parents ». Cependant, Hosee confie à Kaïm : « Je ne veux pas de tout ça. »
Furieux, il crache presque ses mots, alors qu’ils sont assis tous les deux à l’extrémité du comptoir de l’auberge.

« Tu ne désires pas être père ? », demande Kaïm. Cette question ne fait qu’accentuer l’expression dégoûtée de Hosee. Hosee hoche la tête, mais comme pour nier cette réponse, il marmonne : « Non, je suis assez content d’avoir un enfant. Comment je pourrais ne pas être heureux ? Mais je ne sais pas…ce n’est pas ce que je veux. »

Il a du mal à mettre des mots sur ce qu’il ressent. Il penche plusieurs fois la t^te comme pour s’expliquer et avale son verre d’un trait.

« Tu n’as pas de famille, grand frère ? »

« Non… »

« Qu’est-ce que ça fait…d’être tout seul dans ce monde ? »

La seule réponse de Kaïm est un sourire forcé. Hosee interprète favorablement le silence et l’expression de Kaïm : « Tu es totalement libre, non ? Bien sur que tu l’es ! Aucun fardeau à porter, aucun boulet à trainer… »

« D’après toi, les enfants sont des boulets à traîner ? »

« En un sens...oui. Pour te dire la vérité, Angela en est un aussi. Et mes parents quand ils vieilliront seront un autre fardeau… Travailler quotidiennement pour Angela et l’enfant, élever l’enfant, prendre soin de mes vieux parents…et ce sera la fin de ma vie ; En faite, la naissance d’un enfant représente une condamnation à perpétuité. Tu es coincé. »

Kaïm n’acquiesce pas et n’essaie pas non plus d’en discuter. Hosee interprète positivement ce silence.

« Je sais ce que tu penses », dit-il en fronçant les sourcils.
« Tais-toi, petit, tu ne sais pas de quoi tu parles. »

Kaïm ne dit rien.

Mal à l’aise, Hosee regarde ailleurs, « je suis heureux », dit-il plus à lui-même qu’à Kaïm.
« Je suis heureux d’être sur le point d’avoir un enfant avec Angela. Je ferai tout mon possible pour eux. C’est vrai, je ne te mens pas. Tu dois me croire, grand frère. Je suis vraiment heureux et je sais que je vais devoir travailler dur. »

« Oui, je sais », répond Kaïm.

« Je suis heureux, mais en même temps, ce n’est pas ce que je veux. Ce n’est pas que ça me gêne ou autre chose. C’est seulement que j’aimerais tout abandonner et fuir loin…très loin… »

« Voilà donc la vérité », dit Kaïm en riant.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Tu viens d’employer le verbe “fuir“ et non “voyager“. »

C’est probablement ce que ressent véritablement Hosee, ce qu’il admet avec réticence.

« C’est vrai… comment pourrais-je le formuler autrement ? »

Kaïm aurait presque souhaité avoir été un peu plus brutal avec Hosee. Comment Hosee aurait-il répondu s’il avait par exemple demandé : « Hosee, tu te rends compte que tu évoques ton envie de voyager avec moi, alors que le ventre d’Angela s’arrondit ? » Quelle expression aurait pris le visage de Hosee s’il avait demandé : « Si une famille est un boulet à traîner, pourquoi as-tu demandé à Angela de t’épouser en premier lieu ? » A quel point le ragard de Hosee aurait-il changé s’il l’avait confronté à : »Tu sais, Hosee, si tu veux quitter cette ville, tu n’as pas besoin de voyager avec moi. Tu peux partir seul. »

Mais Kaïm n’est pas assez méchant pour poser de telles questions, ni pour s’immiscer dans la vie privée des gens. Au lieu de ça, il finit son verre et répond laconiquement : « Partons d’ici. »

Même après avoir quitté l’auberge, Hosee continue à déblatérer sur l’absurdité de passer une vie entière dans cette ville. Le ciel nocturne est clair, la pleine lune est magnifique.

« Je te le redemande, grand frère. Quand tu quittes cette ville, dis le moi. Et puis ce serait mieux pour toi aussi d’avoir un compagnon de voyage, non ? »

Hosee se remet à tourner en rond quand Kaïm l’interrompt :

« Ne voulais-tu pas partir d’ici tout seul ? Voyager à deux n’est pas exactement une expédition solitaire. »

« C’est vrai, tu as raison, J’aimerais partir avec toi. Tu pourrais me laisser voyager à tes côtés un moment et ensuite j’emprunterais mon propre chemin. »

« Tu ne ferais que me ralentir. »

« Je sais bien. Je sais bien. C’est dur de voyager, c’est sûr, et ma vie sera peut être même en danger parfois. Mais c’est ce qui rend l’aventure palpitante… »

« Risquer sa vie n’a rien d’un jeu. »

« Écoute, si je deviens un boulet pour toi, tu n’auras qu’à m’abandonner. C’et tout ! Je ne t’en voudrais pas. Écoute, je suis prêt à quitter mes parents, ma femme et mon enfant. »

Cette discussion s’avérant interminable, Kaïm acquiesce et dit dans un soupir : « Très bien. »

« Tu m’emmène avec toi ? »

Le visage de Hosee s’illumine.

« Ça fait trop longtemps que je suis dans cette ville », dit Kaïm. « Il est temps pour moi de partir d’ici et de marcher face au vent. »

« Oui, c’est ça, c’est vrai. Marcher face au vent. Sur la route ! Quand partons nous ? L’année est déjà bien avancée. Tu ne veux pas être sur la route en hiver, si ? Et si on partait après la la fonte des neiges ? »

Kaïm montre du doigt la lune dans le ciel nocturne.

« Oui ? », dit Hosee en levant la tête, d’un air perplexe. »

« Je partirai la nuit où la lune sera de nouveau parfaitement peine, après avoir crû et décru. »

« Ce qui signifie ? »

« Dans exactement un mois à partir de ce soir. »

Hosee semble vouloir dire quelque chose. Il pense certainement que c’est trop tôt. Son visage laisse transparaître de l’hésitation et de la confusion, deux sentiments totalement absents pendant son habituelle discussion sans fin.

« Dans un mois à partir de maintenant ? C’est en plein milieu de l’hiver, grand frère. »

« Je sais. »

« Ça ne va pas être trop dur de franchir le col ? »

« Tu ne veux pas venir ? »

« Non, c’est pas ça… »

« Si tu n’en as pas envie, rien ne t’oblige à me suivre. Je pars à la prochaine pleine lune. C’est décidé. »

« Ok, grand frère, eh bien, je t’accompagnerai. Aucun doute là-dessus. »

La nuit de la prochaine pleine. Angela devrait accoucher à ce moment-là.

Le mois passe

Au début, Hosee ne tient pas en place et à chaque fois qu’il voit Kaïm, il lui répète : « N’oublie pas ta promesse, grand frère. »

Après la disparition du dernier croissant de lune cependant, il devient plus discret. La lune réapparaît dans le ciel et alors qu’elle croit progressivement, Hosee cesse d’être aux basques de Kaïm. Parfois, il s’éclipse même dans la foule quand il voit Kaïm approcher du marché. Kaïm remarque le changement d’attitude de Hosee. Il s’y attendait et comptait même dessus.

Les mains posées sur son gros ventre, Angela affiche un large sourire plein de sérénité en faisant ses courses au marché. Non seulement Hosee, mais aussi tous ceux qui croisent ce sourire doivent réaliser que quand on est jeune, on a certainement envie de faire ce qu’on veut, mais qu’on peut aussi désirer autre chose.

Quand les gens grandissent, il découvrent qu’il existe d’autres rêves, comme de souhaiter faire sourire l’être aimé qui aime en retour en espérant que ce sourire dure toujours. Voilà l’autre genre de rêves que les gens conçoivent en grandissant.

La lune est de nouveau pleine. Dans sa parfaite plénitude, la lune inonde la route pavée et désertée d’une vive lumière. Hosee arrive en courant, hors d’haleine, dans la chambre vide ou Kaïm a préparé ses affaires pour le voyage. Hosee n’a rien emporté. Il n’a même pas changé de tenue.

« Grand frère, je suis désolé ! », dit-il, haletant.

Il baisse plusieurs fois la tête face à Kaïm en signe d’excuse.

« Tu as changé d’avis ? », demande Kaïm en essayant de ne pas sourire.

« Non, pas du tout. Je viens. J’ai prévu de t’accompagner, grand frère. Seulement… »

« Le travail d’Angela a commencé au coucher du soleil », annonce-t-il. La sage femme la plus compétente et expérimentée de la ville a été appelée, mais Hosee n’a toujours pas entendu le bébé pleurer. La naissance prend bien plus de temps que prévu.

« Angela fait tout ce quelle peut. Ma mère et mon père prient e toutes leurs forces. Alors jusqu’à ce que la naissance du bébé se soit bien passée, je veux rester auprès d’Angela. Elle m’assure que ça la réconforte de me tenir la main. Je ne peux vraiment pas l’abandonner maintenant… »

Kaïm comprend tout ç fait et hoche la tête.

« S’il te plait, grand frère attends encore un peu. Dès que j’ai vu le bébé, je viens avec toi. C’est juré, je pars définitivement, mais attend encore un peu… »

Tout en parlant, il trépigne d’impatience tellement il a envie de se précipiter chez lui.

« Je comprends », dit Kaïm. « J’attendrai que la lune soit au plus haut dans le ciel nocturne. »

« Ne t’inquiète pas, ça ne sera pas aussi long. Il va falloir que tu attendes juste un petit peu, pas très longtemps. »

« Rien ne presse. Mais j’aimerais que tu me fasses une promesse. »

« Laquelle ? »

« Quand le bébé sera né, je veux que tu le prennes dans tes bras. Ne reviens pas ici sans avoir tenu ton enfant dans les bras, compris ? »

Hosee le regarde d’un air perplexe, mais il acquiesce et dit : « Compris, je tiendrai ma promesse, grand frère. Alors attend-moi ! » Hosee part encore plus vite qu’il n’était arrivé. Le bruit de ses pas courant sur le trottoir en pierre s’éloigne et quand Kaïm est sûr d’être seul, un sourire s’affiche lentement sur son vissage.

Hose ne revint jamais.

Quand la lune à son zénith commence à plonger ver sl’ouest, des rayons de lumière apparaissent dans le ciel à l’est. Kaïm approche du col de la montagne, en bordure de la ville. Il voyage seul. Se dirigeant vers le col, il marche rapidement comme s’il voulait semer la voix de Hosee qui lui répète sans cesse : « Grand frère Kaïm ! Je suis désolé, grand frère, je suis désolé… »

Il imagine la voix très précisément et aussi Hosee qui s’excuse en penchant la tête. Il n’a aucun besoin d’entendre réellement la voix. Longtemps après avoir quitté la ville, il continuera à voir dans son esprit le sourire adulateur de Hosee, Hosee n’aurait pas été d’un grand soutien comme compagnon de voyage, mais une expédition ensemble leur aurait probablement donné beaucoup de raisons de rire. Peut importe. Accélérant encore le rythme, Kaïm se répète que tout est parfais ainsi.

Il n’est pas de tout en colère et il n’en veut pas le moins du monde à Hosee de ne pas avoir respecté sa promesse. Bien au contraire, il aimerait donner sa bénédiction à Hosee pour avoir choisi de rester dans sa ville natale pour protéger son foyer.

D’autant plus que c’est un rêve qui ne se réalisera jamais plus pour Kaïm. Un vent glacial souffle sur le col avant l’aube. Si les pleurs d’un nouveau-né parvenaient à se faire entendre jusqu’ici malgré ce vent… cette pensé fait rire Kaïm. Hosee renoncera-t-il à son rêve de quitter sa ville natale ? Ou se mettra-t-il à chercher un autre « grand frère » qui l’aidera à cacher sa crainte de partir sur la route en solitaire ? Kaïm n’a pas la réponse et mieux vaux laisse cette question en suspens.

Hosee était incapable de partir la nuit où son enfant est né. Les mains qui ont tenu le nourrisson ne pouvaient pas s’atteler aux préparatifs du voyage. Il ne restait plus qu’à espérer qu’il ait profité de cette expérience pour devenir adulte.

« C’est parti », marmonne Kaïm en franchissant le col.

Regarde, Angela, il sourit…

C’est le sourire heureux de Hosee face à son enfant qui accompagnera Kaïm jusqu’à la prochaine étape de son voyage.


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Messagepar Mélé » mer. août 19, 2009 11:55 am

Beau boulot.

Les textes dont tu demandes notre avis sont tous excellent.

De toutes façons, il n'y a pas de mauvais textes dans 1000 ans de rêves.
Je vous emmerde, et je rentre à ma maison.

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Messagepar vodka-kyo » mer. août 19, 2009 12:55 pm

Ben personnellement j'ai trouver les textes de Sati complètement pourris, et ça m'énervais en les lisant de voir a quel point vue la durée de son existence elle pouvais être teubé.. mdr

Par contre, pour l'instant je n'ai aucun moyen de les lires et encore moins de les recopier.. Puis je présume qu'il sont quand même pas tous aussi bon ^^

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Messagepar Mélé » mer. août 19, 2009 1:09 pm

O_o

Sati est un personnage intéressant O_o

Les meilleurs (selon nous) ont ceux qu'on t'as donné dans l'autre topic. Après, les autres sont tous assez bons. Je ne me souviens pas qu'un rêve m'ait ennuyé ou déplut.
Je vous emmerde, et je rentre à ma maison.

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Messagepar vodka-kyo » mer. août 19, 2009 3:51 pm

Haha oui, Sati est un très bon personnage dans le jeux, mais la longueur du texte par rapport à sa signification marginal, ou comment même en étant millénaire les gens peuvent utiliser à répétition l'espoir contre nous, ma parut finalement asse succins et mal agencer. Après, les goût les couleurs...

Par contre j'espère qu'il y en aura un chaud pour me refiler en photo ou en sauvegarde au moins les deux textes que vous m'avez conseiller que je n'ai pas pu faire... Parce que encore plus de les recopier j'ai hâte de les connaître.

"La Portraitiste de Défunts"
"lettre d'un faible"

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Re: Un millenaire de rêve

Messagepar Un Mortel » ven. déc. 30, 2011 6:16 pm

Le projet a t-il été avorté ?
Je souhaite aussi trouver les autres textes histoire de les relire (je n'ai plus ni le jeu, ni la xbox, ni l'envie d'en acheter une rien que pour les rêves)

Edit :

Les adeptes du vent
De forts vents ont toujours soufflé sur cette vaste prairie.
La topographie de la région en est peut-être responsable, mais la direction du vent ne change jamais, quelle que soit l’heure ou la saison :
D’est en ouest, de là où le soleil se lève vers là où le soleil se couche.

Fouettés par les vents constants, les troncs et les branches déformés d’arbustes penchent tous à l’ouest. Aucune herbe haute n’est visible ici et l’herbe qui réussit à pousser est aplatie en direction de l’ouest. Des caravanes et des groupes de gens empruntent la seule route présente dans la prairie. Ils ne font que passer dans un sens, d’est en ouest, avec le vent dans le dos pour les aider. Les voyageurs qui vont d’ouest en est utilisent toujours la route tortueuse qui serpente entre les montages du sud. Ce parcours est bien plus long, mais aussi bien plus facile que de traverser la prairie avec le vent de face.

La route de la prairie s’appelle le Courant Perpétuel. Comme une grande rivière qui s’écoule toujours dans le même sens, les traces de pas sur cette route vont d’est en ouest depuis des lustres et probablement pour encore longtemps. Des silhouettes humaines sur l’horizon du soleil levant s’évanouissent dans l’horizon du soleil couchant. Aucun voyageur ne passe dans l’autre sens, même exceptionnellement.

La première fois qu’elle a vu Kaïm sur le Courant Perpétuel, la fille était une enfant.
« Alors ma grand-mère était-elle en vie ? »
Pour répondre à la question naturelle de la fillette, Kaïm sourit et dit :
« Oui et je me rappelle aussi que c’était une gentille vieille dame. »
Regardant la route, la fillette pointe du doigt la ligne des collines qui disparaissent au loin.
« Ma grande-mère a arpenté sept collines pendant son voyage. »

« Sept, c’est beaucoup ? »
« Oui, oui, Mamie a vécu longtemps. La plupart des gens finissent leur voyage au bout de cinq collines. Les proches construisent alors une petite tombe, puis continuent le périple… »
La fillette pointe du doigt le sol à ses pieds.
« Voilà où je suis arrivée, moi », dit-elle fièrement, arborant un large sourire. La religion de la fillette et sa famille consiste à croire pieusement que s’ils consacrent leur vie à marcher vers l’est, contre le Courant Perpétuel, ils parviendront à la source même du Courant.

Ces croyants sont appelés « les Adeptes du Vent ».
Le mot laisse transparaître de la crainte et de la tristesse, mais aussi un peu de mépris. Les Adeptes du vent sont dénués de désirs matériels. Ils vivent dans le seul but de marcher vers l’est. Aucun doute ne les habite. Ils donnent naissance à des enfants en route et ils les élèvent en continuant leur voyage. Quand ils atteignent l’âge où ils perdent leurs forces, leur périple prend fin. Cependant, le voyage de leur famille continue. Des enfants aux petits-enfants et aux arrière-petits-enfants, leur croyance est transmise.

L’aventure de la famille de cette fillette avait commencé avec sa défunte grand-mère, qui partit du côté ouest du Courant Perpétuel avec son fils, qui avait alors l’âge de la fillette. Les Adeptes du vent ne marchent évidemment pas toute l’année. Pendant la saison où les vents sont particulièrement puissants, c’est-à-dire de la fin de l’automne au début du printemps, ils s’installent dans des villes éparpillées le long de la route et gagnent de l’argent en effectuant des tâches que les citadins refusent de faire eux-mêmes. Certains Adeptes choisissent de rester en ville, alors que d’autres au contraire emmènent des citadins avec eux quand ils se remettent en route au printemps. Les citadins concernés sont notamment les personnes dont ils sont tombés amoureux pendant le long hiver, les garçons qui rêvent de voyager ou les adultes las de vivre en ville.

Voilà les raisons pour lesquelles les citadins regardent les Adeptes du vent de façon confuse. La mère de la petite fille était une de celles qui avaient rejoint l’expédition à mi-chemin et la fillette pourrait dans quelques années tomber amoureuse de quelqu’un habitant dans une ville quelconque. Elle pourrait choisir de vivre en ville ou elle pourrait aussi bien inviter l’être aimé à la rejoindre sur la route. A ce moment-là, elle n’a aucune idée de ce qui l’attend.

Le père de la fillette l’appelle : « il est temps d’y aller ! »
Leur bref repas est terminé. Triste de partir, elle se lève à contrecœur. Elle dit : « Quel dommage ! J’aurais aimé discuter plus. Mais nous devons arriver à la prochaine ville avant que la neige ne tombe. » Constamment exposées aux vents contraires, ses joues sont rouges et sèches, ses lèvres gercées, mais c’est avec un sourire radieux qu’elle souhaite un bon voyage à Kaïm. C’est le sourire serein de quelqu’un qui n’a absolument aucun doute sur le but de sa vie.

« Est-ce que je te reverrai un jour ? », demande-t-elle.
« Probablement » répond Kaïm en lui rendant son sourire dont la beauté est inégalable. Il est arrivé au milieu d’un voyage qui l’emmènera au-delà de l’extrémité ouest du Courant Perpétuel. Il se dirige vers le champ de bataille tel un mercenaire et le temps que la bataille à l’ouest soit terminée, un nouveau combat aura débuté à l’est. Ce sera un long et pénible voyage sans espoir. Quand il rencontrera de nouveau la fillette sur le chemin, le sourire de Kaïm sera emprunt d’encore plus d’ombres.

Peut-être comme un cadeau d’adieu, la fillette se met à chanter :
Ce vent, d’où vient-il ?
Où commence-t-il son voyage ?
Vient-il de l’endroit où la vie émerge ?
Ou commence-t-il là où la vie s’éteint ?

« Au revoir », dit la fillette en marchant péniblement, les cheveux dans le vent.

Dix longues années se sont écoulées quand Kaïm revoit cette jeune fille.

C’est le printemps, la prairie est parsemée de jolies fleurs blanches. Elle s’est mariée à un jeune homme qui travaille dans la confection et la cordonnerie dans une ville.
« C’est le troisième printemps que je passe ici », dit-elle en caressant affectueusement son gras ventre. Dans quelques jours, elle enfantera et deviendra mère.
« Et tes parents… ? », demande Kaïm.
Elle hausse les épaules et regarde vers l’est.
« Ils continuent leur voyage. Je suis la seule à être restée ici. »

Kaïm ne demande pas les raisons de son choix. Continuer le voyage est une façon de vivre et rester en ville en est une autre. Aucune n’est meilleure que l’autre. La seule réponse pour la jeune fille réside dans le sourire qui illumine son visage.

« Mais assez parlé de moi », dit-elle en le regardant avec méfiance.
« Vous n’avez pas changé du tout depuis tout ce temps. »
Pour Kaïm qui a mille ans, dix années ne représentent rien de plus qu’un changement de saison.
« Certaines vies sont ainsi », dit-il avec un sourire forcé.
« Certains personnes dans ce monde ne vieillissent jamais, quelle que soit la durée de leur vie. »
Il regarde la jeune fille devenue une femme et se repose la question : « Vivre à l’infini à travers les siècles : est-ce une bénédiction ou une malédiction ? »

La remarque de Kaïm tient à peine lieu d’explication, mais la fille la comprend apparemment.
« Si c’est le cas, vous devriez être celui qui va à la source du vent. Vous seriez un parfait Adepte du Vent », dit-elle. Elle a peut-être raison après tout : l’espérance de vie accordée aux humains est bien trop courte pour voyager contre le Courant Perpétuel afin d’atteindre la source.

Toutefois Kaïm secoue lentement la tête.
« Je ne suis pas qualifié pour ce voyage. »
« Quoi ? Tout le monde peut être un Adepte du Vent. Il suffit de vouloir voir de ses propres yeux où le vent naît. » Ayant affirmé cela, la jeune fille ajoute cependant avec une pointe de tristesse : « Personne n’a encore réussi… je crois ».

L’origine du Vent se trouve dans un lieu qui n’est nulle part. Même si, après un long voyage, une personne parvient à la source du Courant Perpétuel, le vent qui soufflera là-bas ne sera pas qu’un vent d’est, mais aussi un vent d’ouest, du nord et du sud : des vents sans limites, des vents infinis. Les êtres humains qui ne sont pas éternels osent faire ce voyage sans fin. Cela peut s’avérer être une tragédie ultime, ou bien une comédie ultime. Toutefois Kaïm sait que personne ne peut considérer ça comme un exercice futile.

« Et comment vas-tu ? », demande-t-il à la jeune femme. « Tu ne comptes pas reprendre ton voyage ? » Elle réfléchit pendant un instant et, caressant son gros ventre, elle penche la tête et dit : « Je me demande… je pourrais vouloir continuer à vivre ainsi pour toujours. Ou bien, je pourrais ressentir le désir d’atteindre la source du vent. »

Tous les Adeptes du Vent sans exception disent que vous ne pouvez jamais savoir ce qui motive une reprise du voyage. Un jour, soudainement, vous abandonnez votre vie citadine et vous vous mettez à marcher. Ce n’est pas toujours parce que vous avez rencontré un Adepte du Vent qui vous a donné envie d’être sur la route. Beaucoup de gens décident soudainement de partir seuls. Les enseignements des Adeptes du Vent stipulent que tous les êtres humains nourrissent le désir d’un voyage sans fin. Ils ne sont probablement pas conscients de ce désir parce qu’il est enfoui plus profondément que la mémoire. A un moment donné, quelque chose fait remonter ce désir à la surface et vous devenez un Adepte du Vent.

« Même vous, avez ce désir », dit la femme à Kaïm.
« Je ne sais pas… »
« C’est vrai » dit-elle « ça ne fait aucun doute. »
Son regard est aussi franc et déterminé que la dernière fois où il l’a vue. Les yeux rivés sur lui, elle montre son ventre.

« Je n’ai pas totalement perdu ce désir. »
« Je suis sûr que ta vie actuelle te rend heureuse. »
« Bien sûr… »
« Penses-tu vraiment que le jour viendra où tu voudras te remettre à voyager même si tu dois renoncer à ce bonheur ? »
Au lieu de répondre, elle esquisse un doux sourire.

Plusieurs années se sont écoulées, mais de temps en temps, Kaïm se souvient des mots de la jeune fille : chacun nourrit le désir d’un voyage sans fin. Pour Kaïm, vivre représente déjà un voyage sans fin. Au cours de ce préiple, il a été témoin d’un nombre incalculable de morts et aussi de naissances. La vie humaine est bien trop courte, trop fragile et fugace. Pourtant, plus il médite sur l’évanescence de la vie, plus il sent étrangement que les mots comme « éternel » et « perpétuel » s’appliquent plus à la vie, aussi limitée soit-elle, qu’à toute autre chose.

Voyageant dans le Courant Perpétuel pour la première fois depuis tant d’années, Kaïm regarde discrètement les funérailles d’un Adepte du Vent. Un jeune garçon en tenue de deuil se tient près de la route, distribuant des fleurs sauvages aux passants en les encourageant à « offrir une fleur à une âme noble qui a réussi à voyager jusqu’ici. » Kaïm prend une fleur et demande au garçon : « C’est un membre de ta famille ? »
« Oui, ma grand-mère », acquiesce le garçon, son visage rappelant à Kaïm une personne qu’il a connue il y a longtemps.

La vieille femme allongée dans le cercueil est sans doute la jeune fille. Kaïm en est persuadé.
« Grand-mère a voyagé très longtemps. Elle a emmené mon père avec elle quand il était tout petit. Vous voyez cette colline là-bas ? Elle a commencé son voyage bien plus loin et elle est arrivée jusqu’ici. »

Finalement, la jeune fille avait repris la route. Elle s’était détournée de sa vie en ville, avait pris son enfant par la main et elle s’était lancée dans ce voyage sans fin. Son souhait d’atteindre l’endroit où le vent naît avait été transmis à son fils, puis à son petit-fils et ainsi de suite de génération en génération. Se diriger vers une terre que personne ne peut espérer atteindre et le faire de génération en génération, c’est un autre voyage sans fin.

Est-ce une tragédie ? Une comédie ? Le sourire serein sur le visage de la vieille femme dans le cercueil est peut-être la réponse. Kaïm dépose la fleur à ses pieds comme une offrande. Les membres de la famille qui ont voyagé avec elle chantent en cœur pour la disparue :
Ce vent, d’où vient-il ?
Où commence-t-il son voyage ?
Vient-il de l’endroit où la vie émerge ?
Ou commence-t-il là où la vie s’éteint ?

Le vent se met à souffler. Il balaie la vaste prairie. Kaïm avance lentement vers sa destination.
« Bon voyage ! », lance le garçon. Ses joues rouges et sèches comme celles de la femme il y a bien longtemps, s’adoucissent alors en un sourire qu’il adresse au voyageur sur le départ.
Fin.

Ils vivent dans des coquilles
Il est dans l'obscurité. Contrairement à l'obscurité de la nuit, elle est confinée, dénuée de profondeur ou d'espace. Il entend une porte lourde s'ouvrir lentement, dans un grognement. Un rayon de lumière s'infiltre, mais rien ne s'en dégage. Pourtant, pour de yeux habitués à ne voir que l'obscurité, la faible lueur apparaît comme un feu d'artifice.

« Arrêtez s'il vous plaît, je vous en supplie ! Laissez-moi partir ! »
Les cris d'un jeune homme résonnent dans le vide. Aucune voix ne lui répond. Accroupi dans le noir, Kaïm compte les pas. Trois hommes sont entrés. Les pas chaotiques appartiennent sûrement au jeune homme. Ceux des deux autres sont parfaitement réguliers.

« S'il vous plaît, je vous en prie. Si c'est de l'argent que vous voulez, je vous donnerai tout ce que vous voudrez dehors, je le jure. Je saurai vous remercier. S'il vous plaît ! »
La seule réponse qu'il obtient des deux hommes qui l'ont amené ici, c'est le bruit sourd d'une serrure en acier qu'on ouvre.
« Non ! Non ! S’il vous plaît, je vous en supplie. Je ferai tout ce que vous voudrez. Tout ! »
On entend le bruit étouffé de la peau qui se déchire, des os qui se déboîtent. Quelqu'un s'effondre sur le sol. Un cri étranglé. Le bruit sourd d'une serrure en acier qu'on referme.

Kaïm sait que le jeune homme a été jeté dans la coquille diagonalement opposée à la sienne. Une fois enfermé dans l'une de ces coquilles sans fenêtre, l'ouïe devient particulièrement affûtée.
« Ne faîtes pas ça ! Sortez-moi de là ! S'il vous plaît ! Sortez-moi de là ! »
Au son de sa voix, Kaïm imagine très bien un visage de jeune homme aux traits enfantins : une petite frappe, presque encore en culottes courtes. Quand il était dans la rue, aucun doute qu'il roulait des mécaniques sur les trottoirs, jetant des regards rusés mais plein de couardise au hasard.

Les deux hommes qui l'ont amené ici restent silencieux tout du long, leurs pas s'éloignant de concert. La porte lourde s'ouvre et se referme. Pendant un moment, laissé seul dans le noir, le jeune homme implore qu'on le libère, puis, réalisant que c'est peine perdue, il hurle tellement qu'il s'enroue, crachant juron après juron, jusqu'à commencer à sangloter.
« Du calme là bas » crie un vieil homme depuis l'une des coquilles.
« Ca va te servir à rien de faire tout ce barouf. Mieux vaut renoncer, fiston. »

C'est la voix du plus vieil homme vivant dans la dizaine de coquilles alignées dans l'obscurité. Il était déjà là quand Kaïm est arrivé. C'est toujours à lui que revient la tâche de calmer et de réconforter les nouveaux venus récalcitrants.

« Au lieu d'aboyer comme ça, garde les yeux fermés ! »
« Quoi ? »
« Assure toi simplement de ne jamais oublier tes souvenirs de l'extérieur, de les savourer comme des friandises ! »
Des bruits de rires étouffés proviennent des coquilles voisines. Kaïm se joint à eux en souriant et soupirant. Toutes les coquilles dans l'obscurité sont supposées être pleines, mais peu de leurs occupants rient. La plupart d'entre eux a perdu la force de rire.

« Hé, fiston », poursuit le vieil homme dans son rôle de guide pour les nouveaux, « pas la peine de t'énerver. Calme-toi et accepte ton sort. Sinon... », à cet instant, une pointe de gravité est palpable dans la voix du vieil homme, « tu ne sortiras d'ici que les pieds devant. »

C'est justement ce qui était arrivé la veille à l'ancien occupant de la coquille du jeune homme. Il n'avait cessé de hurler pendant toute une journée. Ensuite, il s'était cogné la tête contre le mur de la coquille, inlassablement. Puis, plus rien... jusqu'à ce qu'on le sorte en silence.

« Alors contrôle-toi, fiston. Ne te laisse pas avoir par l'obscurité. Ferme les yeux et pense à de belles images de l'extérieur, plus c'est grand, mieux c'est : l'océan, le ciel ou une immense prairie. Souviens-toi ! Imagine ! C'est le seul moyen de survivre dans cet endroit. »
C'est le conseil qu'il donnait toujours aux nouveaux. Mais l'homme criait de plus belle, la voix pleine de larmes.
« Vous vous moquez de moi ? Survivre dans cet endroit ? Et après ? Je sais où on est. Dans une prison « sans issue » ! Ils balancent les condamnés à perpétuité ici, ils leur donnent juste assez de nourriture pour survivre et à la fin, ils cassent leur pipe quand même. Pas vrai ? Il n'y a aucun espoir ici ! »

A nouveau, ses cris se transforment en pleurs. C'est la réaction de la plupart des nouveaux. Et ils ne sont pas dans l'erreur. C'est une prison. Chacune des « coquilles » est une cellule individuelle avec des barreaux. Ici, le soleil ne brille sur un prisonnier que le jour de ses funérailles.

« Tout le monde meurt un jour, fiston, on ne peut y couper. Il faut juste éviter que ton esprit ne parte avant ton corps. Il y a toujours de l'espoir, sauf si tu décides toi même de l'abandonner », poursuit gentiment le vieil homme. Puis il ajoute avec sympathie : « mais ce système dans lequel on vit ne peut pas durer plus longtemps. »
Le vieil homme est un prisonnier politique. En tant que chef de la faction anti-gouvernementale, il a résisté longtemps contre la dictature, jusqu'à ce qu'il perde la bataille et qu'on le jette en prison. Pourtant, le jeune homme n'a que faire des paroles du vieil homme. Il continue à se débattre sur le sol et à pleurer.

Ce type ne restera pas dans sa coquille beaucoup plus longtemps que son prédécesseur. Dans quelques jours, au mieux, dans un mois, il volera en éclats. L'obscurité est si puissante. Priver un prisonnier de lumière est bien plus cruel que de lui ôter la vie sur le champ.

« Bon sang », réfléchit le vieil homme, « ce type ne va pas nous servir à grand chose si on veut s'évader. »
Le vieux révolutionnaire rit. C'est peut être un rire sincère, ou une façade, en tout cas, quasiment personne ne rit en retour. Demain matin, ou plutôt après avoir dormi, s'être réveillé et avoir mangé le prochain repas, car il n'y a pas de véritable « matin » dans le noir, un nouveau corps froid sera sorti en silence d'une autre coquille.

« Hé, écoutez ? On est combien ici ? », demande le vieux révolutionnaire.
« Répondez si vous m'entendez ! »
« Je t'entends », dit Kaïm. Kaïm est le seul à lui répondre.

« Rien ne va plus. Tout était plein il y a encore peu de temps. » Le vieil homme lâche un petit rire sec.
« Je me demande si quelque chose ne s'est pas passé dehors », dit Kaïm.
« Peut être », répond le vieux révolutionnaire.
« Pour moi, c'est le moment idéal pour un coup d'état ou une révolution. »
« Mes « gars » ne vont pas rester calmes longtemps... »

« Euh, comment tu t'appelles déjà ? Kaïm ? Tu as remarqué ? Il y a encore peu de temps, ils balançaient de plus en plus de gars ici, alors qu'ils n'avaient rien fait, qu'ils ne méritaient pas la condamnation à perpétuité. »
« Oui, bien sûr... »
Le jeune homme en faisait partie, rient d'autre qu'un petit escroc. Sa seule faute avait été de cambrioler un magasin qui appartient à un homme riche ayant des attaches avec un puissant politicien. C'est pour cette simple raison qu'il s'était retrouvé en prison.

« Les coquilles étaient toujours pleines. On y balançait des hommes et ils mouraient, puis d'autres arrivaient et ils mouraient... »
Le jeune homme en faisait partie. La peur d'être enveloppé par la terreur était trop forte pour lui, il n'avait pas résisté. Vers la fin, il semblait avoir des hallucinations : « J'arrive, maman, j'arrive. Attends-moi, s'il te plaît, maman... », répétait-il sans cesse comme un enfant. « Où es-tu maman ? Là ? Tu es là ? », puis il s'était arraché les yeux à mains nues.

« Je me suis dit que les choses s'envenimaient dehors, que la police perdait le contrôle, que le gouvernement commençait à sévir, c'est pour ça que les coquilles étaient toujours pleines. »
Le jeune homme s'était retrouvé ici pour cette raison. Le sang ruisselant de ses yeux, il était mort en marmonnant de temps à autres : « Pourquoi moi ? Tout le monde le sait bien... Il y a plein de types qui sont pire que moi... »

« Mais maintenant, tout est vide. Tu sais ce que ça signifie Kaïm ? »
« Evidemment. Il y a tellement de crimes à l'extérieur que le gouvernement ne peut plus rien faire. »
« Tu as compris. A mon avis, toute la famille royale doit filer un mauvais coton à l'heure qu'il est. C'est la révolution. Ca va arriver un d'un jour à l'autre ! Ce qui veut dire que toi et moi, on sera bientôt dehors. Mes gars vont venir nous chercher. Il faut juste s'accrocher encore un peu. »
Kaïm acquiesce en silence. Le vieux révolutionnaire continue :
« Tu es fort, Kaïm. Peu d'hommes auraient pu garder leur calme comme toi, jetés dans une cellule et enveloppés de la sorte dans l'obscurité. »

Kaïm ne se l'explique pas non plus. C'est vrai qu'il était resté étrangement calme lorsqu'ils l'avaient jeté dans sa coquille. L'obscurité était quelque chose qu'il semblait reconnaître comme un souvenir lointain. Il y a bien longtemps, lui aussi avait dû goûter à la terreur ressentie par les autres prisonniers dans leur coquille, à l'angoisse de rester enfermé dans le noir.

« Comment fais tu pour être aussi fort mentalement, Kaïm ? Est ce que ça veut dire que toi aussi, tu es un révolutionnaire ? »
« Non... je n'en suis pas un... »
Son crime ne vaut même pas la peine d'en parler. Il avait résisté pendant son interrogatoire alors qu'il n'était qu'un suspect, et pour ça, il était un rebelle à leurs yeux et avait été jeté en prison. Cependant, le vieil homme a peut être raison. La dictature du pays vit sûrement ses derniers jours.
« Ca ne sera pas long maintenant. On sera de retour dans le monde réel avant de s'en apercevoir. Je garde espoir et cet espoir restera là tant que je n'y renoncerais pas », murmure le vieux révolutionnaire comme pour mieux s'en convaincre.

La prison tombe peu après. Des jeunes gens armés chargent dans l'obscurité et ouvrent les portes munies de barreaux. Etreint par ses « gars », le vieux révolutionnaire sort.
« Attends », crie Kaïm, en essayant de le retenir. Mais il est trop tard. Trop pressé de voir le nouveau monde après la destruction de l'ancien système, le vieil homme sort et ouvre les yeux.

C'est le soir. Bien que le soleil soit presque couché, sa lumière est suffisamment forte pour brûler des yeux habitués à l'obscurité totale. Le vieux révolutionnaire appuie ses mains sur ses yeux et, dans un grognement, s'effondre à genoux.

Kaïm s'est sauvé en se protégeant les yeux avec le bras. Il ne sait même pas ce qui l'a poussé à faire ça. Des souvenirs lointains peuvent-ils lui avoir appris que le pire dans la punition par l'obscurité, c'est ce qui arrive après avoir été libéré ?
Quand ai-je pu être emprisonné, et où ? Et surtout, combien de temps a duré ce voyage interminable ?

Les yeux en sang, entouré de ses hommes, le vieux révolutionnaire cherche Kaïm.
« J'ai parcouru tout ce chemin, Kaïm, pour faire une terrible erreur dans la dernière ligne droite. Mes yeux ne fonctionnent certainement plus, maintenant. »
C'est pourquoi il demande une dernière faveur à Kaïm.
« Dis-moi, Kaïm, à quoi ressemble le monde extérieur ? La révolution a-t-elle porté ses fruits ? Les gens sont ils heureux ? Est-ce qu'ils sourient joyeusement ? »

Kaïm ouvre lentement les yeux, à peine, sous l'ombre de sa main. De ce qu'il peut voir, le sol est jonché de corps. Les cadavres des troupes royales et révolutionnaires sont entassés les uns sur les autres, et de nombreux civils sont morts. Une mère est étendue, sans vie, son enfant dans les bras. A côté d'eux, le corps ensanglanté du père tend les bras dans une ultime tentative de les protéger.
« Dis-moi ce que tu vois, Kaîm. »
Kaïm retient un soupir et dit :
« A partir de maintenant, tu vas devoir travailler dur pour reconstruire une société heureuse. »
Le vieux révolutionnaire comprend la vérité.

« Je ne perdrai pas espoir, Kaïm, jamais. »
Comme pour dire : « Je le sais », Kaïm hoche la tête et commence à s'éloigner.
« Où vas-tu ? »
« Je l'ignore... Quelque part. »
« Pourquoi ne pas rester ici pour construire un nouveau monde avec nous ? Je sais que tu en es capable. »
« Merci, mais je vais poursuivre mon chemin. »

Le vieux révolutionnaire n'essaie pas de retenir Kaîm plus longtemps. A la place, en guise d'adieu, il répète à Kaïm les mots qu'il a prononcés si souvent dans sa cellule :
« Il y a toujours de l'espoir, où que tu sois, jusqu'à ce que tu décides toi-même de l'abandonner. N'oublie jamais ça ! »

Kaïm prend la route. Ses yeux tombent par hasard sur le corps d'un jeune garçon reposant à ses pieds. Le garçon a poussé son dernier souffle les yeux écarquillés par la peur. Kaïm s'agenouille et ferme doucement les paupières du garçon. Au fond de lui même, dans un souvenir trop lointain pour qu'il s'en souvienne, il sait que si l'obscurité peut être une source de grande terreur, elle peut aussi apporter une paix durable et profonde.
Fin.

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Un Mortel
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Re: Un millenaire de rêve

Messagepar Un Mortel » mer. août 29, 2012 8:33 pm

Le mercenaire trop bavard
Les remparts vont céder sous les attaques ennemies.
Ce n'est plus qu'une question de temps.
Ils vont lancer leur assaut à l'aube.
Le gros des troupes alliées
s'est déjà retiré bien loin du front.
Il ne reste plus que les mercenaires derrière les fortifications.
La consigne : défendre cette position jusqu'à la mort.
Ces hommes rompus au combat
savent ce que cela signifie.

"Ils nous laissent mourir ici", ricane l'un d'eux. Toma, dans l'obscurité si dense qu'on y distingue à peine sa propre main.

"Ils veulent qu'on gagne du temps pour que les troupes battent en retraite. On fait office de bouclier, c'est l'ultime service qu'on rend à nos employeurs !"

Son rire rauque et sonore résonne dans la nuit.

Kaïm ne répond pas. Il doit y avoir d'autres mercenaires autour d'eux, dans le noir, mais ils gardent leurs pensées pour eux.

Les mercenaires n'ont rien à se dire sur le champ de bataille. Ils seront peut-être dans des camps adverses lors de la prochaine guerre. C'est encore plus vrai dans des moments comme celui-ci, quand ils doivent défendre les fortifications contre l'ultime assaut ennemi : ils ne perdent pas de temps à regarder le visage de leurs voisins.

Kaïm ne sait rien de ce guerrier appelé Toma. Sa voix trahit sa jeunesse. Il n'a sûrement pas beaucoup d'expérience en tant que mercenaire.

Lorsqu'un homme devient bavard à l'approche de la mort, c'est qu'au plus profond de lui-même, la faiblesse l'empêche de devenir un vrai soldat. Un mercenaire qui se comporte ainsi ne pourra jamais échapper à la mort et vivre jusqu'au lendemain.

C'est la loi du champ de bataille, mais les hommes comme Toma ne l'apprennent qu'au moment de mourir.

"On est foutus. On sera tous morts au matin. On aura droit à ce "retour au pays silencieux" dont on parle. Je déteste ça. Je déteste vraiment ça."

Aucune voix ne s'élève dans la nuit pour soutenir ces propos. Il est trop tard pour parler comme ça. Ils se sont tous résignés à mourir le jour où ils sont devenus mercenaires.

Ils ont vendu leur vie pour un peu d'argent. Ils l'ont prolongée, jour après jour, en prenant celles de leurs adversaires. C'est l'existence d'un mercenaire, ni plus ni moins.

"Hé... Vous m'entendez ? On est combien ici ?
On va tous mourir ensemble. Au matin, on ne sera plus qu'une rangée de cadavres.
Ne restez pas silencieux maintenant. Répondez-moi !"

Personne ne répond. Aucune voix ne s'élève, mais une gêne palpable s'installe dans l'obscurité.

Ils restent tous silencieux en attendant la bataille, silencieux pendant le combat et tout aussi silencieux devant la mort.

C'est la loi des mercenaires, leur "philosophie", pour ainsi dire.

Mais Toma n'adhère plus à cette philosophie.

"Je savais depuis le début qu'il n'y avait pas d'espoir.
Le commandement ne savait pas ce qu'il faisait.
Comment une telle stratégie aurait-elle pu
fonctionner ? Vous comprenez les gars, hein ? On ne
pouvait pas gagner. C'est un désastre. Si seulement
j'avais rejoint l'autre camp. J'aurais gagné un paquet
de fric après la victoire. J'aurais pu me saouler toute
la nuit. J'aurais pu avoir toutes les femmes que je
voulais. J'aurais pu avoir tout ça et m'en sortir, mais
j'ai choisi le mauvais camp..."

"Hé, toi !" grogne une voix plus mâture dans la nuit. Une voix pleine de colère.

"Ouais, quoi ?", répond Toma, d'une voix un peu tremblante. Il a enfin trouvé quelqu'un à qui parler.

Comme pour mettre fin à cet espoir naissant l'homme reprend :

"Tu voudrais pas la fermer un peu ? Si t'es tellement désespéré, je peux m'arranger pour t'envoyer dans l'au-delà vite fait bien fait."

"Euh... Désolé...",

répond Toma, avant de retomber dans le silence.

Une grande tension reste cependant palpable. Elle s'est installée bien avant que Toma ne commence à parler.

Les guerriers vétérans se méfient des hommes bavards.

Ceux qui parlent beaucoup croient au pouvoir des morts. Ils y croient trop.

Les mots ne servent à rien sur le champ de bataille. Le guerrier brandit son arme en silence, se donne du courage en silence, se bat en silence et tue, ou se fait tuer, en silence. Tous les mercenaires présents ce soir vivent de cette façon. Tous sauf Toma, le bavard.

Un soldat qui a tendance à s'accrocher désespérément aux mots pourrait s'accrocher à autre chose... Il pourrait succomber à la tentation de la trahison, de la désertion ou de la folie.

Kaïm a souvent vu des mercenaires incapables de surmonter la terreur du champ de bataille. Ils deviennent fous et attaquent alors les hommes de leur propre camp.

Toma fait-il partie de ceux-là ? Il y a de fortes chances, et les autres mercenaires le pensent sans aucun doute. Pendant cette longue attente, ils lui jettent les mêmes regards que ceux qu'ils réservent à l'ennemi, guettant le moindre signe de changement dans son comportement. Si jamais ils perçoivent en lui une menace, une lame viendra s'abattre sans bruit sur le côté gauche de sa poitrine.

Le silence est pesant. On n'entend même plus les bruits d'insectes qui retentissaient encore la nuit dernière. Les bêtes ont peut-être eu l'intuition que l'ennemi allait lancer un terrible assaut. Kaïm pense d'ailleurs qu'il n'a vu aucun oiseau dans les environs hier. Des anmaux sont bien venus voler de la nourriture quand les hommes construisaient les fortifications, mais il ne les a pas revus depuis plusieurs jours maintenant.

Les animaux ont un instinct très développé que les hommes ont perdu. Il suffit de se rendre sur un champ de bataille pour s'en rendre compte.

Il ne fait aucun doute que les animaux se sont détournés de ces fortifications.

En ce moment même, dans une lointaine forêt, une grand nuée d'oiseaux noirs prend peut-être son envol, à la recherche de cadavres humains à dépecer.

Le festin va bientôt être servi, ils le sentent déjà.

La bataille s'achèvera quand le soleil sera au zénith. S'ils n'arrivent pas les premiers, une nuée venue d'une autre forêt leur dérobera leur repas. Les corps noirs de ces charognars sont probablement déjà en route dans la nuit.

Une voix geignarde s'élève. C'est celle de Toma.

"Écoutez les gars... Je ne sais pas combien on est, mais on va tous mourir cette nuit... La plupart d'entre nous en tout cas. Il y aura peut-être un ou deux survivants, pas plus. Réfléchissez, c'est perdu d'avance. Vous êtes déjà passés par là. Vous êtes des vétérans, des héros, vous n'avez sûrement pas peur. Mais... même si vous n'êtes pas effrayés, vous ne trouvez pas ça stupide ? Hein ? Franchement ! Vous avez participé à bien plus de batailles que moi alors dites moi... pourquoi on est là ? On n'en veut pas à nos adversaires mais on va les tuer, et on ne doit rien à nos chefs mais on va quand même leur obéir... Et on va mourir de toute façon. Alors dites-moi les gars, vous ne trouvez pas ça absurde ? Stupide ?"

La seule réponse qu'obtient Toma, c'est un claquement de langue énervé, suivi d'un autre soupir d'impatience.

"Je tiens plus", dit Toma.

Il sanglote à présent. "J'ai horreur de ça...".

"Tout ce que je voulais, c'est de l'argent, de la nourriture mangeable et des vêtements décents. Je me serais contenté de ça. Qu'est-ce qui m'a pris de m'engager la dedans. Je n'aurais jamais dû faire ça..."

Kaïm est attentif au moindre bruit.

Cinq autres soldats sont accroupis dans l'obscurité, non loin de Toma et lui. Il y a au moins un point positif : ce sont tous des guerriers chevronnés. Ils n'aurait pas supporté les plaintes de Toma si ça n'avait pas été le cas. S'ils s'étaient laissés aller à s'énerver, à lui crier dessus ou à l'attraper par la gorge, ils n'auraient fait que gaspiller des forces et de l'énergie avant que les "choses sérieuses" ne commencent.

Un groupe d'homme qui savent garder le silence a beaucoup plus de chance de rester en vie, pourvu que le pleurnichard ne devienne pas un fardeau pour eux.

Pendant ce temps, Toma continue de s'apitoyer sur son sort.

Soudain, quelque chose change... Un mouvement dans l'obscurité.

Ce n'est pas bon signe, se dit Kaïm, toujours à l'affût.

Au lever du soleil, Toma va les gêner. Il va réduire leurs chances de survie. Les mercenaires le savent bien, et il seraient capables de faire n'importe quoi pour s'assurer ne serait-ce qu'une mince chance supplémentaire.

"Je ne veux pas mourir ici, c'est vrai. Pas ici, pas maintenant, comme un vulgaire chien. Vous non plus, pas vrai ?"

La lumière de la lune filtre au travers des nuages.

Pendant une seconde, le visage baigné de larmes de Toma apparaît. Il est encore plus jeune que sa voix ne le laissait penser. C'est presque un enfant.

Les nuages cachent à nouveau la lune et tout est replongé dans la nuit.

Une faible lueur apparait dans les profondeurs de l'obscurité.

Sans un mot, Kaïm se précipite dessus. Il a pu évaluer la distance qui le séparait de Toma pendant l'apparition de la lune.

Kaïm saisit Toma pas le bras. Quelque chose de lourd tombe sur le sol. La lueur reparaît, à leurs pieds cette fois-ci, puis disparaît dans la nuit.

Un couteau. Terrifié à l'idée de mourir, Toma a essayé de se trancher la gorge.

Il se débat et tente de se libérer de l'emprise de Kaïm, mais celui-ci le frappe au creux de l'estomac.

Toma s'effondre sans un bruit.

Kaïm s'enfonce dans l'obscurité, le corps de Toma sur les épaules.

Après quelques temps, Toma se réveille et bats des jambes pour se dégager.

"Arrête ! Lâche-moi !"

Kaïm le repose.

"La lune apparaît de temps en temps. Profites-en pour vérifier ta direction. Suis la lune qui se couche", conseille gentiment Kaïm.

"Mais de quoi tu parles ?"

"C'est la seule façon de t'en sortir."

Kaïm a choisi l'endroit où les forces ennemies étaient les moins concentrées. Bien sûr, même si Toma arrive à passer, Kaïm n'a aucun garantie qu'il survivra. A partir de maintenant, il va devoir compter uniquement sur sa chance et ses capacités.

"Tu viens avec moi ?", demande Toma.

"Non, j'y retourne. Tu dois fuir seul."

"Pourquoi ? Viens avec moi.

Echappons-nous ensemble. Suis-moi !"

Tout en essayant de le convaincre, Toma s'accroche au bras de Kaïm mais ce dernier lui donne une claque. Cette joue est bien trop tendre pour appartenir à un mercenaire. C'est la joue d'un garçon, d'un enfant.

"Tu dois partir seul."

"Mais pourquoi ?"

"Pour vivre, tout simplement."

"Mais, et toi ? Tu veux vivre aussi, n'est-ce pas ? Tu devrais t'enfuir avec moi. Tu ne veux pas mourir, hein ?"

Envie de vivre ? Non, Kaïm n'en a pas particulièrement envie. Il vit car il n'a pas le choix. Il y est obligé. Toma, lui, est bien trop jeune et fragile, il ne peut imaginer la souffrance qu'engendre l'immortalité.

"Nous vivons pour combattre. C'est ce que font les mercenaires."

"Mais..."

"Fiche-moi le camp d'ici. Tu nous mets tous en danger."

"Vous ne gagnerez jamais cette bataille. Alors pourquoi ne pas fuir ?"

"C'est notre devoir de nous battre."

Sur ces mots, Kaïm fait demi-tour et repart de là où il est venu.

Toma regarde Kaïm s'éloigner pendant quelques instants, avant de s'enfoncer à son tour dans la forêt, à l'ouest.

Se battre ou s'enfuir : Kaïm ignore quelle option permet de rester en vie.
Mais peut-être vaut-il mieux ne pas savoir.

Sauf si...

"J'espère que tu t'en sortiras, gamin", murmure Kaïm
tout en marchant.

A l'est, le ciel s'éclaircit peu à peu. L'ennemi va
bientôt lancer son assaut final.

Quelques oiseaux s'envolent de la forêt, à l'ouest.

C'est peut-être le signe qu'un combat mineur a commencé en silence. A moins que le jeune mercenaire n'ait été rattrapé par l'ennemi.

Kaïm ne se retourne pas et ne ralentit pas.

Il est persuadé d'avoir déjà vu ce mercenaire bavard. Avant que la guerre n'éclate, le garçon vendait des fruits au marché, au bord de la route. D'après les femmes du marché, c'était un bon fils qui prenait soin de sa mère.

Puisses-tu avoir une belle et longue vie, pense Kaïm
tout en regardant le ciel s'éclairer à l'est.

Fin

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Re: Un millenaire de rêve

Messagepar Knobie » sam. oct. 06, 2012 11:16 am

Merci à toi, ça faisait longtemps effectivement que je n'avais pas lu les rêves.
Il faut dire que mon disque dur n'a plus de console adaptée (désormais possesseur de Slim au lieu et place de la Elite) pour relancer le jeu sans faire une nouvelle partie sur ma Slim.
Mais avant Lost Odyssey, j'ai grave envie de me refaire Blue Dragon ^^

$)
Autre pseudo : Kornw@y, Nils Olsen, SG@


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